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Végétaliens-des oiseaux rares - LA PRESSE

October 18 2002 at 4:03 PM
ahimsa 

 
Les végétaliens Le jeudi 17 octobre 2002

Des oiseaux rares
Émilie Dubreuil
collaboration spéciale, LA PRESSE - Montréal


Plus orthodoxes que les végétariens, les végétaliens ne mangent ni viande, ni oeufs, ni produits laitiers. Un choix alimentaire qui est souvent motivé par des convictions sociales, politiques ou spirituelles. Mais est-ce bon pour la santé?

C'est dimanche, il pleut. Rue Saint-Dominique, les vitres du restaurant Les Vivres sont embuées. Bien qu'il soit près de 15h, le déjeuner demeure une option pour les flâneurs. Au menu: crêpes à la farine de lin et tofu brouillé avec un café équitable au lait de soja. Ici, oubliez les oeufs, le bacon, les fèves au lard ou le café au lait. Les clients, tout comme les employés de cette coopérative de travail, ont proscrit ces aliments de leur diète. Après tout, nous sommes dans un restaurant végétalien et les végétaliens ne consomment aucun produit animal.

Les végétaliens constituent la branche orthodoxe des végétariens. Ils ne mangent ni oeufs, ni miel, ni produits laitiers. Pour certains, cela va même plus loin: ils refusent de porter des vêtements en cuir, en laine ou en soie. Dans les assiettes végétaliennes, on trouve donc ceci: céréales, légumineuses, noix, graines, fruits et légumes. Le végétalien est un oiseau rare. Si de 2 à 3 % des Québécois ont adopté une diète végétarienne, seule une infime partie de ce groupe est pure et dure. Or, depuis quelque temps le végétalisme est à la mode et même Madonna, s'y est mise.

Une saveur politique

Marjolaine Jolicoeur, végétalienne depuis une dizaine d'année, est coordonnatrice de l'Ahimsa, une association qui fait la promotion du végétarisme et des droits des animaux. Ahimsa signifie non-violence en sanscrit. Le fait que la seule association de végétariens québécois porte un nom sanscrit n'est pas anodin. Le mouvement végétarien est fortement influencé par la culture indienne: Yoga et médiation vont souvent de pair avec le végétalisme. Il faut savoir que les adeptes de Krishna, une divinité populaire de l'hindouisme, ne mangent pas de viande. Govinda, leur Dieu, l'interdit.

Une association de krishnas a d'ailleurs ouvert le Govinda, un restaurant rue Duluth à Montréal. «L'idée de base est de faire connaître notre diète au plus grand nombre de gens possible. L'été, nous distribuons des repas dans le parc Jeanne-Mance au pied du mont-Royal», explique Normand Allard, un homme d'affaires dans la cinquantaine adepte de Krishna depuis 1973 et est copropriétaire du Govinda.

Marjolaine Jolicoeur n'est pas une krishna. Il n'en demeure pas moins que le végétalisme est pour elle un choix philosophique. «Ne pas consommer de produits laitiers constitue un choix éthique. À mon avis, les moyens de production sont immoraux. Dans les fermes, on sépare le veau de sa mère à la naissance et l'on envoie le petit à l'abattoir. Le lait ne justifie pas une telle violence envers les animaux.»

Marjolaine Jolicoeur vit dans le Bas-du-Fleuve, elle possède une cabane à sucre et produit du sirop d'érable biologique. Mais, l'hiver, elle écrit. Cette végétarienne convaincue a déjà publié deux livres fort appréciés des végétariens: Le Végétarisme et la non-violence, vendu à 4000 exemplaires et maintenant traduit en espagnol et L'Assiette végétarienne sans oeufs ni produits laitiers, qui connaît un vif succès en France.

Dans les événements publics où elle fait la promotion de ses livres et de son association, Mme Jolicoeur remarque que ce sont surtout les jeunes qui sont séduits par le végétalisme. D'ailleurs, au restaurant Les Vivres, ni les clients ni les employés n'ont encore de cheveux gris!

En fait, les végétaliens de la rue Saint-Dominique sont jeunes et grunge, idéalistes et politisés. Ils refusent de mettre dans leur assiette des produits qui, selon eux, sont des symboles du monde mercantile contre lequel ils s'insurgent. Victor, le serveur, a 21 ans. L'étudiant en études hispaniques à l'Université de Montréal se définit comme un militant de gauche. Il fait partie de la C.L.A.C., la Convergence des luttes anticapitalistes. «Être végétalien, c'est un choix socio-politique. Je suis contre la déforestation qu'entraîne l'élevage du bétail et l'exploitation du tiers-monde. Les gens là-bas meurent de faim et 60 % de la production de céréales sert à nourrir les animaux que nous mangeons. Enfin, que vous mangez!» dit-il.

L'habitat naturel du végétalien type: l'Université Concordia. Au septième étage du pavillon Hall où loge le People's Potatoe, un restaurant populaire qui sert près de 500 repas végétaliens par jour aux étudiants, ils sont aux anges. Zev Tifenbach, le coordonnateur de People's Potatoe, explique que son organisme, en servant des repas végétaliens, fait un acte politique. «En Amérique du Sud, des hommes et des femmes sont chassés de leurs terres pour laisser de la place à l'élevage des bovins. Nous sommes contre cela. Nous voulons montrer l'exemple aux gens du Nord, leur dire que le fait de consommer de la viande contribue à l'exploitation des plus pauvres.»

C'est bon pour la santé?

Brigitte Bédard est journaliste. Depuis un an, elle se définit comme végétalienne même si elle mange encore du miel car elle juge que les abeilles des ruches commerciales ne souffrent pas. Brigitte Bédard justifie, elle aussi, son choix par des raisons politiques telles la solidarité envers le tiers-monde et la protection de l'environnement. Mais, elle évoque surtout des raisons de santé.

«Depuis que je suis végétalienne, ma peau est plus belle, mes cheveux sont moins gras, je n'ai plus aucun problème de digestion et j'ai surtout beaucoup plus d'énergie» dit-elle. Mélissa, qui travaille au restaurant les Vivres, vante les mérites du régime végétalien: «Avant d'être végétalienne, je faisais de grosses migraines. Aujourd'hui, ça ne m'arrive plus jamais. Je suis mieux dans mon corps, je me sens plus en forme.» (...)

(...)Brigitte Bédard, dont c'est le métier de se renseigner, passe beaucoup de temps sur Internet. Elle lit, s'informe, correspond avec des végétaliens qui vivent en France. Pour sa petite famille- papa et bébé sont aussi végétaliens- elle popote avec amour des boulettes de lentilles, des salades de poires et de soja, de la tourte aux légumes et au sarrasin, de la lasagne au tofu, du gaspacho et beaucoup de potages à base de bouillon de légumes. (...)

Une vie sociale?

Trouver des recettes, des suppléments alimentaires, renoncer à certaines choses que l'on aimait... Bref, la vie d'un végétalien n'est pas de tout repos. Mais le plus dur selon eux: aller manger chez les autres. Mélissa, du restaurant Les Vivres, est haïtienne: «Aller dans un mariage ou dans un baptême est un véritable cauchemar. Les Haïtiens ne mangent que du porc, du poulet ou du boeuf.» Victor a réglé la question: «Je ne mange pas», dit-il. Brigitte Bédard apporte ses propres plats dans les soupers de famille et ne va presque plus au restaurant.

Dans le numéro d'octobre de la revue américaine Vegetarien Times, on trouve un long article sur les aléas de la vie sociale végétalienne. On y donne quelques conseils à propos de l'étiquette que doivent adopter les végétaliens à l'égard de leurs hôtes lors des dîners de Noël ou de l'Action de grâce. Il y est recommandé d'expliquer tout de suite son régime et surtout, de respecter le leur! Ouf! Heureusement, les végétaliens ont le droit de prendre un verre de vin, bio bien sûr...

Comme le végétalisme est avant tout un moyen de contestation contre la mondialisation des marchés et les abus du capitalisme, il est à parier que dans les années à venir, plusieurs mères devront remplacer la dinde de Noël ou le rôti du dimanche soir par une tourte aux légumes pour faire plaisir à leur progéniture engagée.

 
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