Arménie : réflexions sur les émeutes de Erevan
Publié le : 06-03-2008
Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Harut Sassounian, chroniqueur de The California Courier, poursuit son analyse post-électorale après les dramatiques affrontements du week-end dernier et l’instauration de l’état d’urgence en Arménie. Le Collectif VAN vous en livre la traduction.
Émeutes et tragédie à Erevan : quelques réflexions douloureuses
De Harut Sassounian
The California Courier
Éditorial de Sassounian 6 mars 2008
Dans mon dernier article, j’exprimais l’espoir que la crise post électorale en Arménie se résoudrait pacifiquement. Hélas, ce ne fut pas le cas. Lors des affrontements du week-end dernier, huit personnes ont été tuées, plus d’une centaine blessées, des magasins ont été pillés, et de nombreux bus et voitures brûlés. Suite à ces affrontements et au vandalisme qui s’en est suivi, certaines rues ravagées d’Erevan ressemble à Bagdad en ruines, ce qui attriste profondément les Arméniens du monde entier. Depuis l’instauration de l’état d’urgence pour 20 jours, un calme précaire règne en Arménie.
Voici mes réflexions suite à ces événements très tragiques :
-- Un pays aussi petit que l’Arménie, entouré d’ennemis, ne peut se permettre de s’affaiblir lui-même par des luttes intestines qui le rendraient vulnérable en cas d’agressions par ses voisins hostiles, qui n’attendent qu’une opportunité pour s’emparer de l’Artsakh, mais aussi de certains territoires de la République d’Arménie.
-- La violence de ces derniers jours entache l’image internationale de l’Arménie et sape la légitimité de son gouvernement. Après ces tragiques événements, les dirigeants de l’Arménie auront de grandes difficultés à résister aux pressions extérieures pour imposer des compromis sur des intérêts nationaux vitaux, tels que l’indépendance de l’Artsakh, la reconnaissance du génocide arménien ou la levée du blocus de la Turquie.
-- Personne ne devrait faire appel à des groupes externes ou à des gouvernements pour intervenir dans les affaires intérieures de l’Arménie. Des entités étrangères poursuivent leurs propres programmes au détriment des intérêts nationaux de l’Arménie. Il incombe aux Arméniens de mettre de l’ordre dans leurs propres affaires.
-- Les groupes politiques devraient faire preuve d’un haut niveau de maturité et s’efforcer de s’unir en cette période d’urgence nationale, afin de protéger le pays de dissensions et d’instabilité futures. Une coalition gouvernementale devrait être immédiatement formée, composée de diverses factions politiques. Les disputes électorales devraient être résolues par voie légale et en instaurant un dialogue politique, plutôt que par des émeutes de rues.
-- Lors de la campagne électorale et après les élections, de nombreuses déclarations contestataires et démagogiques ont été faites par certains candidats présidentiels et leurs partisans. Il serait temps que chacun modère le ton de la rhétorique et s’exprime avec calme et retenue. Tout le monde devrait pouvoir exprimer librement son opinion sans recourir aux insultes, au harcèlement et à l’intimidation.
-- En cette période agitée, il incombe à tous les Arméniens de faire très attention à ne pas accorder de crédibilité à des rumeurs injustifiées qui ne font que désorienter davantage une opinion publique naïve et sans méfiance, et qui crée le chaos et la panique.
-- Depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, la majorité de la population vit dans la pauvreté, beaucoup se sentent exclus et frustrés, ce qui les mène à commettre des actes désespérés. La plupart des actes violents commis dans les rues ce week-end n’étaient pas le fait de groupes politiques spécifiques, mais de voyous qui ont tiré profit de la situation chaotique pour voler, piller et incendier.
-- Les émeutes sanglantes de la semaine passée ont malheureusement démontré une fois de plus le manque de maturité politique des Arméniens– un défaut de leur caractère national tout au long de leur longue histoire.
-- Les Arméniens ne devraient pas faire de discrimination entre eux. Ils ne devraient pas se dénigrer les uns les autres sur la base du lieu de naissance, de la tendance religieuse ou de l’affiliation politique. Aucune distinction ne devrait être faite entre les Arméniens d’Arménie, de l’Artsakh ou de la diaspora. Il est tout simplement inacceptable de diviser les Arméniens et de les monter les uns contre les autres.
-- Deux partis de l’opposition ont déposé une requête devant la Cour Constitutionnelle de l’Arménie, la plus haute cour du pays, pour qu’elle se prononce sur la légitimité des élections présidentielles du 19 février. Tous les partis devraient respecter le jugement de la Cour, même s’ils ne sont pas d’accord avec elle.
-- Une fois le verdict de la Cour Constitutionnelle prononcé, l’état d’urgence devrait être levé afin que la capitale revienne à la normalité.
-- Pour terminer, un panel non gouvernemental impartial, si possible composé de sages et d’aînés respectés, devrait étudier toutes les actions prises avant et pendant les émeutes et rendre un rapport objectif sur la culpabilité et l’innocence de tous ceux impliqués, qu’ils soient membres de l’opposition ou du gouvernement. Tous ceux qui ont incité et provoqué les affrontements, indépendamment de leur identité ou de leur position, devraient être tenus pour responsables des grandes pertes humaines et matérielles. En outre, tous ceux impliqués dans des activités frauduleuses pendant les élections, devraient être jugés et sanctionnés afin de décourager de telles illégalités à l’avenir.
©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 04 mars 2008 - 09:05 - www.collectifvan.org
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