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Les ambitions de l’Arménie en mer Noire

December 15 2008 at 9:57 AM
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Traduction Gérard Merdjanian  (no login)


15 décembre 2008

Les ambitions de lArménie en mer Noire




Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Si lArménie assure la présidence de la BSEC, même tournante, cest grâce au bon vouloir de la Turquie, qui na pas mis son veto. Ce qui bien sûr na rien à voir avec de laltruisme. Toujours le bien paraître aux yeux des occidentaux, surtout en période de négociations dadhésion à lUE.

Il est également évident que lArménie essaie de sortir de son isolation forcée, ses deux voisins, Turquie et Azerbaïdjan, lui menant la vie dure sur tant sur le plan économique que diplomatique.

Dans ce genre de tractations, la question qui reste posée est toujours la même : Quel niveau de sacrifices est-on prêt à accepter sans perdre la face et être humilié ?

***

Du 1er Novembre 2008 au 30 avril 2009, lArménie va assumer la présidence tournante dun organisme économique régional : lOrganisation de Coopération Economique de la mer Noire (BSEC en anglais). Un parmi les nombreux groupes, clubs ou forums travaillant en marge de lEurope de lEst, la BSEC est rarement dune grande visibilité, à la différence des organisations politiques sur la sécurité comme lOrganisation du Traité de lAtlantique Nord (OTAN) ou lOrganisation du Traité de Sécurité Collective (CSTO en anglais). Cependant, la BSEC ne doit pas être rejetée dun revers de main - ses échecs et ses réalisations sont le miroir de la situation de la région, et elle peut encore se révéler un outil utile de stabilisation dans le Caucase. La période de la présidence arménienne avec une poussée pour régler le conflit du Karabakh et la lutte de la région pour faire face à la crise financière - pourrait avoir un effet décisif.

En clair, de par sa nature limpact de la BSEC est limitée. Lorganisme, qui est la seule organisation sub-régionale à unir tous les États, balayant large autour de la mer Noire, vise à faire de sa région un lieu de paix, de stabilité et de prospérité et de promouvoir le bon voisinage et le respect mutuel. Toutefois, son champ dapplication est limité au commerce, aux transports et à la coopération économique, et quelques actions pour lutter contre la contrebande criminelle et transfrontalière. En particulier, la BSEC soccupe des richesses en pétrole et en gaz de la région (en particulier, des flux énergétiques de la mer Caspienne issus et transitant par lAzerbaïdjan), cette richesse en hydrocarbures est le domaine prioritaire de ses activités, en particulier lorsquil sagit de traiter avec lUE.

Cest dans le domaine de lénergie que la faiblesse de la BSEC est la plus criante. Les grand projets de production dénergie, qui ont coûté des dizaines de millions de dollars pour traverser les frontières des divers Etats, sont des questions extrêmement politiques et dont les réponses dépassent complètement les blocs économiques. Laccent est mis sur les mécanismes de coopération entre les membres de la BSEC face à linsurmontable problème de deux de ses membres, lArménie et lAzerbaïdjan, qui ne peuvent ou ne veulent tout simplement pas coopérer sur quelque chose daussi cruciale que lénergie. Ce point a été fortement illustré en avril, lorsque après que la dernière déclaration eut été faite, lAzerbaïdjan a déclaré avec force ne pas vouloir appliquer lune quelconque des dispositions de la déclaration de lArménie jusquà ce que lArménie ait libéré les territoires occupés. LArménie a répondu quelle considérait la coopération énergétique comme un "mécanisme faisant partie du règlement du Karabakh", une référence implicite au vieux projet de construction dun "oléoduc de paix" à travers lArménie.

En ce sens, la présidence arménienne fournit à Erevan une occasion de pousser la BSEC vers les réseaux de transport de lénergie et dans lesquels elle a un sérieux intérêt, mettant ainsi lénergie comme domaine prioritaire de son mandat. Le ministre des Affaires étrangères arménien Edouard Nalbandian a annoncé au secrétariat de la BSEC lors de son allocution le 24 Novembre dernier, que sous sa présidence on commencerait à planifier une "stratégie régionale de lénergie intégrant la BSEC". En outre, il a déclaré quune réunion des ministres de lénergie de la BSEC se tiendra à Erevan pour discuter de la coopération énergétique avec lUE. Étant donné limportance des liens sur lénergie avec lUE pour lAzerbaïdjan et la Turquie à lheure actuelle, notamment avec la discussion en cours sur lavenir du réseau de gaz Nabucco, le fait quune telle réunion doive avoir lieu dans la capitale dun État en dehors de tous les projets régionaux dénergie depuis les quinze dernières années et nayant presque pas de relations avec ses deux voisins susmentionnés, doit être quelque peu irritant. Cela dit, aucune décision sur les conduits énergétiques, Nabucco ou autres, ne pourra être finalisée à Erevan, car les enjeux pour les pays concernés sont beaucoup trop élevés pour être décidés à cette réunion.

En tout état de cause, la politique est soigneusement exclue des travaux de la BSEC. M. Nalbandian a pris soin dinsister sur ce point dès le début dune allocution au Conseil des ministres des Affaires étrangères de la BSEC. Notant que, ces dernières années, il y a eu des tentatives pour mettre "les questions politiques sensibles régionales et mondiales" sur lordre du jour de la BSEC, il a insisté sur le fait que cette politisation des projets socio-économiques est un "obstacle de taille pour la coopération économique multilatérale entre États membres de la BSEC, susceptible de menacer à son tour le forum en le poussant dans limpasse avec des débats sans fin sur des questions politiques". Dans une certaine mesure, cela reflète la volonté de lArménie de sintégrer dans léconomie de la région, pour contrer laffaiblissement du à son isolement, sans avoir à faire de compromis sur le Karabakh ou dans ses relations avec Ankara.

Mais la déclaration reflète également le niveau politique de la BSEC. Lexclusion de la politique de lorganisation a pris un tour intéressant en Septembre quand Ali Babacan, le ministre turc des Affaires étrangères, a soulevé la question de la Plate-forme de coopération pour la stabilité du Caucase (SCPC) proposée par Ankara lors dun déjeuner de travail des ministres de la BSEC en Albanie. La SCPC, a déclaré M. Babacan, qui dans le même temps essayait détablir des relations de travail avec dautres organismes régionaux, comme la BSEC, "afin de compléter les travaux en vue dinstaurer la paix et la stabilité dans la région". Le secrétaire général de la BSEC, Leonidas Chrysanthopoulos, a répondu en insistant sur le fait que les tensions régionales devaient être tenues à lécart des activités de la BSEC et que si cela devait continuer, il mettait en garde que "les projets dinfrastructure économique ne doivent pas être impactés par de telles crises". Il y a une note dirréalisme sur ce sujet, étant donné que la guerre russo-géorgienne a paralysé les voies de transport entre lArménie et la Géorgie par où transite la plupart des échanges commerciaux de lArménie, causant selon les estimations, près de 700 millions de $ de pertes à léconomie arménienne, et que les conduits énergétiques vers lOuest ont du être déroutés pour des raisons purement politiques. La question de savoir si les projets sont touchés ou non par des problèmes régionaux nest pas, compte tenu des attributions de lorganisation économique, du ressort du Secrétaire général.

Néanmoins, la BSEC a encore un rôle à jouer aux côtés dautres organismes, plus politiques, tels que lOSCE ou lUE. Il y a une certaine symbolique, qui arrive à point nommé, de la présidence arménienne, en plein réchauffement progressif des relations avec la Turquie, suivi de la "Déclaration de Moscou" sur le processus de paix du Karabakh, signé par lAzerbaïdjan et lArménie le 2 Novembre. Dans le cadre des activités de la BSEC - même si elles sont insignifiantes politiquement, telles les accords de transport routier ou sur les activités agronomiques - les mesures diplomatiques ou de coopération peuvent aider à promouvoir la paix et la stabilité, bien sûr progressivement. Il ne faut pas oublier, par exemple, que le ministre des Affaires étrangères arménien a fait son discours au siège de la BSEC, cest-à-dire à Istanbul.

Alexander Jackson - Revue Caucasienne des Affaires Internationales


 
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