Le monde financier dans la tourmente Madoff, récession mondiale possibleDecember 16 2008 at 8:20 AM No score for this post | Crise financière (no login) |
| L'Orient-Le Jour
Crise financière
Le monde financier dans la tourmente Madoff, récession mondiale possible
Le secteur financier mondial faisait face hier à la fraude gigantesque du gérant de fonds new-yorkais Bernard Madoff, trois mois après la faillite de la banque daffaires américaine Lehman Brothers, alors que le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, mettait en garde contre une possible récession mondiale.
Toutefois, malgré ces sombres perspectives, les Bourses mondiales semblaient garder le moral. La Fed devrait à nouveau cette semaine réduire ses taux pour donner un second souffle à léconomie américaine.
Arrêté jeudi puis libéré contre une caution de 10 millions de dollars, Bernard Madoff, âgé de 70 ans et très respecté à Wall Street, a avoué une fraude « pyramidale » de 50 milliards de dollars.
Les évaluations de pertes potentielles de banques ayant investi dans ses fonds se succédaient dans le monde hier matin.
Les banques espagnoles seraient parmi les plus touchées : Santander, deuxième banque européenne par la capitalisation, ayant annoncé une exposition à hauteur de 2,33 milliards deuros et BBVA pouvant perdre jusquà 300 millions deuros.
Les groupes français semblent également figurer en bonne place parmi les victimes.
Natixis, filiale de la Caisse dépargne et de Banque populaire, pourrait ainsi perdre jusquà 450 millions deuros, BNP Paribas 350 millions deuros et la Société générale, comme le Crédit agricole, moins de 10 millions deuros. Lassureur AXA a pour sa part évoqué une exposition nette « bien inférieure » à 100 millions deuros.
En Grande-Bretagne, HSBC pourrait être touchée à hauteur dun milliard de dollars, tandis que Royal Bank of Scotland a évalué ses pertes à quelque 460 millions deuros et le fonds dinvestissement Man Group à 360 millions de dollars.
La première banque italienne, UniCredit, a indiqué être exposée pour un montant denviron 75 millions deuros.
Les deux premières banques helvétiques UBS et Crédit Suisse ont en revanche assuré ne pas avoir dexposition « matérielle » à cette gigantesque fraude.
En Asie, la société financière japonaise Nomura Holdings pourrait subir une perte denviron 225 millions deuros alors que, selon les autorités de Séoul, les institutions financières et compagnies dassurances étaient exposées à hauteur de 95,1 millions de dollars américains.
Aux États-Unis, les géants General Motors et Chrysler, victimes de la crise économique, de la chute de leurs ventes et de leurs erreurs stratégiques, ne seraient quà quelques semaines de ne plus pouvoir honorer leurs créances et pourraient être forcés de déposer leur bilan.
Une mise en faillite désordonnée de compagnies aussi importantes aurait un effet « dévastateur » sur toute léconomie, a dit M. Bush, alors que celle-ci est déjà en récession.
Certains évoquent la disparition de plusieurs millions demplois directs ou indirects.
Devant lurgence, le gouvernement sortant a élaboré avec le Congrès un plan qui aurait accordé 14 milliards de dollars daide publique à General Motors et Chrysler (Ford se dit moins aux abois) pour tenir quelques semaines. Les constructeurs auraient dû se plier en contrepartie dune vaste restructuration.
Ce plan a échoué la semaine passée au Congrès. Du coup, la Maison-Blanche sest dit prête à envisager de puiser dans un fonds de 700 milliards de dollars quelle réservait pour relancer le système financier, stimuler la circulation du crédit, et favoriser linvestissement et la consommation.
Ladministration doit à présent décider si elle recourt effectivement à cet argent, dans quelle mesure et sous quelles conditions.
Promesse qui semblait rassurer les investisseurs hier.
Parallèlement, la production industrielle des États-Unis a de nouveau baissé en novembre, confirmant que le rebond du mois précédent nétait quune illusion et mettant en lumière la situation fragile du secteur manufacturier.
La production industrielle américaine a baissé de 0,6 % par rapport à octobre, selon les données corrigées des variations saisonnières publiées hier par la Fed. Les analystes attendaient un recul un peu moins fort, de 0,5 %.
En glissement annuel, la production des industries américaines a accentué sa chute, et sa contraction est désormais de 5,5 %, indique la banque centrale dans son communiqué.
En octobre, la production industrielle américaine avait rebondi de 1,5 %, mais cette reprise sexplique essentiellement par la chute historique de 4,1 % (chiffre révisé) constatée en septembre.
Pour léconomiste indépendant Joel Naroff, « le secteur manufacturier est à terre » et « les perspectives ne sont pas bonnes, en particulier à cause des constructeurs automobiles, qui ont annoncé une baisse de leur cadence de production ».
En novembre, la production manufacturière (hors mines et énergie) a reculé de 1,4 %, après une baisse de 0,6 % le mois précédent. Sur un an, la baisse de la production du secteur atteint 7,3 %.
La production a baissé dans tous les compartiments du secteur, à lexception de lagroalimentaire (inchangé) et des industries aérospatiales (+12,8 %). Mais cette hausse est biaisée car elle arrive après deux mois de grève des mécaniciens de lavionneur Boeing. Sans cela, la baisse de la production de lindustrie manufacturière aurait été plus forte.
La chute de la production manufacturière en glissement annuel est désormais supérieure à celle qui avait été constatée lors de la récession de 2001, note Elsa Dargent, analyste de Natixis.
Elle « devrait continuer sur cette tendance de baisse (comme le laisse présager lenquête Empire State daujourdhui) à mesure que la récession saggrave et que les entreprises réduisent leur production pour sadapter à la baisse de la consommation », ajoute-t-elle.
La production minière a ralenti sa hausse, à 2,5 % (contre 7,2 % en octobre). Le secteur de lénergie a vu sa production augmenter de 1,6 % après une hausse de 0,7 % en octobre.
Le taux dutilisation des capacités industrielles sest établi à 75,4 %, contre 76,0% le mois précédent (chiffre révisé en baisse de 0,4 point).
Publiée depuis sept ans par la Réserve fédérale de New York, lenquête Empire State montre que lindice de lactivité industrielle dans la région de New York a atteint un nouveau plus bas en décembre.
Pour Brian Bethune, du cabinet IHS Global Insight, « les forces de récession au sein de léconomie américaine gagnent en intensité au quatrième trimestre, et lon devrait voir le taux dutilisation des capacité de lindustrie manufacturière seffondrer jusquà des niveaux plus vus depuis le début des années 1980 ».
Son cabinet table désormais sur un plongeon de la production industrielle américaine de 10 % au quatrième trimestre, après la chute de 5,5 % constatée au troisième.
En Chine, la production industrielle a de nouveau fortement ralenti en novembre, naugmentant que de 5,4 % sur un an, selon le Bureau national des statistiques.
À ces mauvaises nouvelles sont venues sajouter les mises en garde du président du FMI Dominique Strauss-Kahn.
« La possibilité dune récession globale est réellement devant nous », a déclaré ce dernier, estimant que la croissance ralentie des pays émergents comme la Chine ne suffirait pas à compenser la récession des pays développés.
M. Strauss-Kahn a notamment évoqué un rythme de croissance pour la Chine qui pourrait descendre à 5 ou 6 %, contre 9,7 % en 2008 et 8,5 % pour 2009 selon les prévisions précédentes du Fonds, datant du mois de novembre.
Lors dun colloque organisé par la Banque dEspagne, il a souligné que « probablement », les prévisions que le FMI « publiera en janvier seront pires que les précédentes ».
Comme pour conjurer le pessimisme ambiant, la Réserve fédérale (Fed) devrait franchir cette semaine une étape de plus dans son cycle dassouplissement monétaire alors que léconomie américaine traverse la phase la plus dure dune récession annoncée comme la plus dévastatrice depuis la Grande Dépression.
Le Comité de politique monétaire (FOMC) de la banque centrale des États-Unis doit se réunir jusquà aujourdhui. Sil semble acquis que la Fed décidera à cette occasion de baisser une nouvelle fois son taux, les avis divergent sur lampleur de la baisse, et la Fed pourrait surprendre en annonçant de nouvelles mesures de politique monétaire « non conventionnelles ».
La Fed a baissé son taux directeur neuf fois depuis léclatement de la crise des crédits immobiliers à risque américains, à lété 2007, et celui-ci est fixé à 1,00 % un niveau historiquement bas depuis sa dernière réunion de la fin octobre.
Depuis cette date, léconomie américaine sest fortement dégradée.
Un grand nombre déconomistes semblent privilégier le scénario dune baisse de 0,50 point du taux directeur de la Fed.
Mais à en croire le marché des contrats à terme, les « traders » parient majoritairement sur une baisse de 0,75 point, qui ramènerait le taux directeur à 0,25 %.
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