15 février 2007
Claude Savary
Le Nouvelliste
Trois-Rivières
Armand Grenier, un homme de 54 ans qui avait battu sauvagement un chien le 28 novembre dernier et qui l'avait abandonné en l'accrochant à une clôture alors que l'animal était sérieusement blessé, s'en sort finalement avec un sursis de sentence assorti d'une assignation à résidence.
Le juge Guy Lambert a pris en compte la situation personnelle de l'accusé, il est invalide et il est pratiquement sans le sou, pour surseoir au prononcé de sa sentence. Il a plutôt choisi de décréter un couvre-feu de 18 h à 6 h du matin pour le premier mois, et de 21 h à 6 h du matin pour les deux mois suivants. Il ne pourra par ailleurs fréquenter les bars pendant un an. Aucune interdiction de posséder un animal n'a toutefois été prononcée.
Une correction
Selon la version fournie par l'accusé, il avait acquis le pitt-bull mastiff trois mois auparavant. Il n'était rien arrivé de fâcheux avant le 28 novembre. Ce jour-là, l'animal s'en est pris à un plus petit chien de la maisonnée et l'a tué. "Comme il y avait un petit enfant dans la maison, j'ai sorti le chien dehors pour le calmer et pour lui donner une correction", a confié le quinquagénaire en soulignant qu'il avait téléphoné à la SPAM où on lui aurait répondu qu'on ne pourrait s'occuper du chien que le lendemain.
En fait, au moment des événements, l'accusé n'avait pas toute sa tête. "J'avais consommé des peanuts", a-t-il dit dans son langage imagé. Il avait pris quelques comprimés d'ectasy et un peu de pot de son propre aveu. Au juge, hier, Grenier a raconté qu'il avait asséné deux coups de poing à son chien sans plus. Le juge Lambert a réagi en demandant à l'accusé de dire la vérité puisque la police avait découvert un marteau maculé de sang. Du bout des lèvres, l'accusé a dit qu'il avait effectivement utilisé un marteau pour corriger son animal et s'en débarrasser.
Lorsque des policiers de la Sécurité publique de Trois-Rivières se sont présentés près de l'école Saint-Paul, ils y ont vu une scène difficile à supporter. Le chien portait de multiples blessures et plusieurs plaies suintaient le sang. L'animal était attaché à une clôture de l'école de manière tellement serrée qu'il avait peine à bouger. Il fut aussitôt confié aux bons soins de la Société protectrice des animaux de la Mauricie (SPAM). Un examen a permis de constater que l'animal avait été frappé au niveau du front et d'un oeil de même qu'au scrotum. Heureusement, aucune blessure interne n'a été décelée.
Le directeur général de la SPAM, M. Serge Marquis, n'a pu être joint hier mais il y a quelques semaines il déclarait que l'animal s'est remis physiquement de ses blessures. Mais il a précisé qu'il ne sera probablement jamais confié à une famille avec des enfants. Le chien n'est pas agressif mais seuls des gens ayant déjà pris soin d'animaux battus ont la capacité de s'en occuper, avait indiqué M. Marquis. L'examen clinique avait d'ailleurs révélé qu'avant d'appartenir à Armand Grenier, l'animal avait probablement été battu par d'autres propriétaires.
"Ça ne se fait pas"
Au moment de rendre sentence et après avoir entendu la procureure de la Couronne, Me Joanne Tourville, expliquer ce qui s'était passé, le juge Lambert a dit que des choses comme celles-là ne se faisaient pas. Le magistrat aurait souhaité imposer des travaux communautaires mais l'invalidité de l'accusé l'a fait changer d'idée. Le procureur d'Armand Grenier, Me Yvan Braun, avait pour sa part proposé que son client remette mensuellement une somme d'argent pour payer en partie les soins prodigués au chien mais le juge a conclu que l'accusé n'avait pas la capacité de payer.
Être responsable
Mme Stéphanie Corbeil, une femme qui a été fortement touchée par le sort fait au chien et qui a fourni personnellement quelques centaines de dollars en plus d'organiser une collecte de fonds pour défrayer les soins médicaux, a dit souhaiter que les gens prennent leurs responsabilités lorsqu'elles ont la charge d'un animal. "Il ne s'agit pas de bannir les pitt-bulls mais de rendre plus responsables leurs maîtres", a-t-elle précisé à la sortie de la salle d'audience. Quant à Armand Grenier, il se disait content de ne pas avoir d'amende à payer.
Source:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070214/CPNOUVELLISTE/702140883/5663/CPACTUEL03