LETTRE ADRESSÉE À PATRICK LAGACÉ
Le Lundi 7 Avril 2008
Phoques : « Nous sommes tous des animaux »
Valérie Fortin m’a écrit, récemment, outrée de mes taloches en blogue et en chronique à Paul Watson, le militant animaliste, pour me donner de la marde. Elle ne fut pas la seule, en fin de semaine, disons. Quelques échanges de courriels plus tard, je lui ai suggéré de m’envoyer une réplique, lui disant que je la publierais sans aucun problème.
Voici donc la réplique de Valérie Fortin….
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Bravo Patrick ! Tu atteins aujourd’hui des sommets en matière de désinformation, de diffamation, de propagation d’idées haineuses et de « martinoïsme » délirant ! Il faut dire que tu n’apparais jamais aussi hystérique et partisan que lorsque tu abordes la question des animaux et des animalistes : on croirait que tu détiens des parts dans toutes les industries d’exploitation animale du Québec !
À te lire, on croirait aussi que tu détiens non seulement la vérité suprême mais également la vertu absolue pour t’octroyer ainsi le droit de crucifier publiquement toute personne ou tout groupe possédant une éthique divergente de la tienne ! Tu m’étonnes, parce qu’en fait de diffusion d’énormités, tu ne donnes pas ta place ! Mais quand on a la poutre dans l’œil…
Ça prend quand même tout un culot pour exhorter les autres « à se fermer la gueule quand ils n’ont rien d’intelligent à dire » alors qu’on est soi-même, à sa façon, une des pires grandes gueules du Québec ! Même quand t’as rien d’intelligent à dire, t’es payé pour l’écrire !! Tu n’as aucun scrupule à contaminer la toile ou le journal de tes procès expéditifs et sous-entendus vénéneux, de tes doctrines réactionnaires et de ton ego qui carbure à la controverse ! Comme ton « ti n’ami » Martineau, tu sévis actuellement partout : dans le Web, dans le journal, dans la télé : on ne peut plus échapper à la décharge de vos opinions sur tout et sur rien, salves disséminées aux quatre vents sans parcimonie ni fausse modestie ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que lorsque les fées de la nuance, de l’ouverture d’esprit et de la compassion se sont penchées au-dessus de vos berceaux, manifestement vous regardiez ailleurs…
Comment oses-tu traiter de « salopard » un homme qui se dévoue corps et âme depuis des années pour tenter de sauver des êtres vivants et sensibles qui ne méritent pas de mourir dans les pires souffrances pour être transformés, notamment, en bottes et en manteaux pour petits bourges qui se la jouent ?!
Ajout : Valérie m’a envoyé son courriel : ValerieFortin@gmail.com
Ça fait plus de 30 ans qu’il est témoin, impuissant, du massacre de millions de phoques et de baleines, qu’il considère ses égaux, et toi tu voudrais qu’il pleure sur le sort de quatre chasseurs ?! Tu voudrais qu’il juge, comme toi, que leur mort est « infiniment pire » que celle de tous ces mammifères marins ?! Voyons donc ! L’empathie, c’est vraiment pas ton fort à ce que je vois ! Mets-toi donc à sa place deux secondes pour tenter de voir le triste monde à travers ses yeux. Tu as bien le droit de considérer que la vie de l’Homme vaut plus que celle de l’Animal, mais tu n’as pas à imposer cette idéologie aux autres, et encore moins à les traiter de tous les noms lorsqu’ils ne partagent pas ta vision.
Personnellement, j’ai toujours eu l’intime conviction que j’étais l’égale de tout autre être vivant et sensible habitant cette planète, qu’aucune hiérarchie fondamentale n’existait dans la valeur des êtres. Toute vie s’équivaut en soi, en ce sens que tout animal, humain ou non, est animé par son propre désir ou instinct de survie. Tout animal souffre sous la torture physique et psychologique, et passe sa vie à tenter d’éviter la douleur et la mort. Nous sommes tous des animaux, nous sommes tous égaux dans la souffrance et dans la mort. Suis-je une criminelle pour ça ? Suis-je coupable de haute trahison envers ma race humaine ? Va-t-on m’immoler à mon tour ?!
J’essaie de comprendre, en vain, comment on peut, toi et moi, vivre sur la même planète, être témoins sensiblement des mêmes événements mais y réagir de manière aussi diamétralement opposée. Il va falloir un jour que tu m’expliques sur quelles données exactement tu bases ton échelle de valeur pour décréter que la vie de tel ou tel individu vaut plus que celle de tel ou tel autre. Ton chien vaut-il plus que 300 000 phoques parce qu’il « t’appartient » et que tu vas sans doute souffrir (un peu ?) sa mort ? La valeur des êtres a-t-elle uniquement à voir, selon toi, avec le degré de souffrance subie par leurs proches lorsqu’ils disparaissent ? Si oui, il faudrait le préciser, l’expliquer, développer ton point de vue au lieu de tirer à bout portant sur ceux et celles qui ne pensent pas comme toi !
La vie d’un itinérant esseulé vaut-elle moins que celle d’un père de famille ? Une personne qui a une meilleure relation avec son chien qu’avec son père et qui pleure plus son chien que son père à leur mort, est-elle indigne d’exister ? Un individu possédant un rat et un chat domestiques doit-il pleurer plus son chat que son rat à leur mort parce que ce premier est placé plus haut dans la « chaîne alimentaire » ??? Si oui, combien de rats valent un chat ???
Si c’est plutôt dans un esprit purement utilitariste que tu hiérarchises la vie des individus, la vie d’un chien d’aveugle vaut-elle plus que celle de 300 000 phoques ? La vie d’une vache laitière ou d’une poule pondeuse valent-elles plus que la vie d’un million de marmottes ? La vie d’un trisomique vaut-elle moins que celle d’un scientifique ? La vie d’un bébé moins que celle d’un contribuable payeur de taxes ? La vie d’un décrocheur scolaire moins que celle d’un ingénieur ? Es-tu utilitariste jusqu’au bout ? Si oui, étant donné les graves problèmes de surpopulation humaine sur Terre présentement — et à venir —, quand devrions-nous commencer à procéder à l’extermination des plus faibles qui ne peuvent rien apporter de productif à la société, tels les vieillards, les gens malades, les handicapés, les retardés mentaux, les gens sans ambitions, sur le chômage ou le B.S. ?
Faudrait vraiment que tu nous donnes, un jour, la recette de tes certitudes; d’où tiens-tu donc toutes ces vérités et cette sagesse infinie qui nous échappaient jusqu’ici, à nous, bêtes animalistes ?!
À lire plusieurs d’entre vous, journalistes, chroniqueurs, blogueurs et internautes québécois, TOUS les animalistes d’ici et d’ailleurs, Européens, Américains et autres étrangers boycottant les produits du phoque et dénonçant la cruauté de la chasse, sont des imbéciles au cerveau lessivé par les groupes de pression multimillionnaires qui racontent n’importe quoi… Nous sommes tous endoctrinés, manipulés, nous ne savons pas penser par nous-mêmes et ne savons pas de quoi nous parlons… Même si nous sommes des bénévoles et que n’avons aucun intérêt financier personnel à défendre dans cette cause, ce sont nous, évidemment, qui propageons la désinformation… Ce sont nous qui avons vu trop de films de Walt Disney, et non pas vous qui vous convainquez que la chasse est nécessaire, non cruelle, bien réglementée et inspectée, que les phoques sont tués du premier coup et jamais crochetés, traînés et dépiautés vivants et ce, malgré toutes les preuves que nous possédons du contraire… La chasse est « humaine », avec ce que le mot « humain » sous-entend de plus glorieux, bien sûr… Les phoques n’en reviennent pas de notre « humanité », ils nous en sont sans doute très reconnaissants ! Des enregistrements vidéos tournés récemment démontrent clairement que les nouvelles normes d’abattage ne sont pas respectées, mais ce sont évidemment des images truquées, ou qui datent de 20 ans… Les chasseurs abattent les phoques avec amour, respect et tendresse, tout le monde sait ça !
C’est totalement consternant de voir le contraste hallucinant entre l’épanchement médiatique francophone de bons sentiments réservé aux chasseurs et cette indifférence crasse à l’endroit des 300 000 bébés phoques massacrés chaque année, sans compter ce mépris exemplaire et unilatéral à l’endroit de leurs défenseurs ! Avec une telle hostilité généralisée, difficile pour ceux qui pensent autrement d’oser prendre la parole !
En passant, même si les gens n’aiment pas entendre le terme « bébé » lorsqu’on parle des phoques abattus, ce terme n’est pas déplacé. Les phoques peuvent être tués à partir de 12 jours, c’est-à-dire aussitôt que débute leur mue alors qu’ils sont à peine sevrés et n’ont encore jamais nagé. Ainsi, un phoque encore blanc mais doté d’une touffe de poils argentés peut être abattu. Cessez de vous époumoner à crier à l’imposture parce qu’on retrouve encore des photos de blanchons sur les sites animalistes : le blanchon existe, on ne va pas commencer à le cacher et à brûler toutes les photos de lui sous prétexte qu’il n’est plus chassé, voyons donc ! Plusieurs phoques, quelques heures avant d’être abattus, sont des blanchons ! Plus de 95 % des phoques abattus sont âgés entre deux semaines et trois mois. Les phoques du Groenland, possédant une espérance de vie de 30 ans et n’arrivant à maturité sexuelle qu’à l’âge de 5 ou 6 ans, sont donc essentiellement abattus alors qu’ils sont « bébés », n’en déplaise aux frileux du terme.
Aussi, contrairement à ce qu’on semble t’avoir laissé croire, Patrick, la chasse n’est malheureusement pas que « brutale ». L’environnement sur la banquise ne ressemble en rien aux conditions prévalant dans les abattoirs (dans lesquels les animaux vivent pourtant déjà l’enfer) : les conditions météorologiques imprévisibles, la glace de plus en plus friable, les bateaux tanguant pendant que les chasseurs tirent, les phoques se sauvant, paniqués, se jetant à l’eau; tous ces facteurs rendent pratiquement impossible leur abattage précis et rapide et conduit certains experts à conclure que cette chasse ne pourra jamais être non cruelle, peu importe que les phoques soient tirés ou assommés.
Chaque année, plus de 26 000 phoques sont dits « perdus » : blessés sans être achevés, ils sont condamnés à une longue et douloureuse agonie, souvent par noyade. Lorsqu’ils sont ciblés dans l’eau ou à proximité, 50 % d’entre eux réussissent à s’échapper, généralement blessés. On estime qu’environ 1 059 564 de ces phoques « perdus » sont morts des suites de leurs blessures entre 2003 et 2005. Crois-tu réellement qu’un animal humain souffre plus qu’un animal non humain dans la noyade, par exemple ???
On a beau tirer sur les messagers pour occulter le débat, la chasse aux phoques n’en demeure pas moins une chasse commerciale visant à renflouer (bien maigrement, d’ailleurs) les coffres de l’industrie de la fourrure, soit l’une des industries les plus cruelles et inutiles qui soient (et polluantes, contrairement à ce que l’on peut croire). Cette chasse n’a strictement rien à voir avec la chasse de subsistance des Inuits, j’espère que tout le monde a au moins compris ça avant de la défendre bec et ongles !
Le gouvernement canadien, qui a catégoriquement refusé, l’an dernier, la proposition d’une donatrice qui offrait 16 millions de dollars aux chasseurs de phoques afin d’éviter le massacre, préfère injecter lui-même notre argent dans la promotion de la chasse en Europe et ailleurs, en développant de nouveaux marchés pour les produits dérivés du phoques et en octroyant des allocations de recherche pour développer de nouveaux produits. Et ce, sans compter les coûts secrets impliqués pour ses campagnes de relations publiques défendant cette boucherie, pour la fourniture de brise-glace ouvrant les eaux glacées aux bateaux des chasseurs, pour l’octroi d’hélicoptères servant à repérer les troupeaux et pour la mise à disposition de personnel régulant la chasse et tenant éloignés les observateurs. Même s’il s’agit aujourd’hui de subventions indirectes, on oblige tous les contribuables canadiens à payer et donc, à être complices de cette tuerie, ce qui est inacceptable. La majorité des Canadiens (78 %) ne seraient pas du tout peinés de voir disparaître cette chasse qui fait passer, aux yeux de la communauté internationale, tous les Canadiens pour des barbares.
Au lieu de dépenser insidieusement tout cet argent des contribuables sans leur demander leur avis, le gouvernement devrait investir pour aider les Madelinots et les autres chasseurs canadiens à abolir cette industrie et à la remplacer par l’écotourisme : plusieurs personnes à travers le monde seraient emballées de venir observer les phoques sur la banquise. Il s’agit là d’une alternative tout à fait réaliste, non ?!
Les chasseurs de phoques ne sont pas peut-être pas des « barbares », sauf que certains d’entre eux avouent que tuer des phoques, ils ont ça dans le sang, que même si on les payait grassement pour y renoncer, ils iraient les abattre quand même… Parce que c’est une tradition et que toute tradition est nécessairement bonne, souhaitable et légitime, évidemment ! Parce que, bien plus qu’une tradition et une source de revenus, cette chasse est avant tout une drogue dure qui crée une forte dépendance. Parce que certains d’entre eux sont accros à l’adrénaline incroyable que leur procure le fait de tuer en série, et que cette drogue, naturelle et gratuite, leur fournit un sentiment de puissance et de domination spectaculaires qui les distrait instantanément de leur dépression hivernale, de leur long hiver à se tourner les pouces en attendant impatiemment de retourner pratiquer le plus excitant des sports extrêmes, sur la banquise ensanglantée, ring à ciel ouvert, lieu de tous les défoulements…
En passant, l’excision et l’infibulation sont aussi des traditions dans certaines régions du globe. La torture systématique de tout animal cuisiné est aussi une tradition en Chine. La lente pendaison des chiens de course un peu usés ou le lancer de la chèvre du haut des clochers d’églises en Espagne sont également des traditions… Brûler à l’acide sa femme qu’on soupçonne d’infidélité est également une tradition dans certaines campagnes du Pakistan…
Quand tu juges « extrémiste » un discours ou une réflexion, tu décapites en deux temps trois mouvements sur la place publique son auteur-e — et généralement une partie de son entourage, surtout si ça sert tes autres propos —, sans considérer « extrémiste » cette effusion de violence verbale et psychologique qui te laisse pourtant du sang sur les mains… Le fait de traiter publiquement une personne de « salopard » et de « mongol », d’en discréditer une seconde par crime d’association, et le massacre lui-même de 275 000 phoques en quelques jours, rien de cela n’est « extrémiste » ou répréhensible à tes yeux…
Tu dis avoir horreur des extrémistes, pourtant tu es toi-même un extrémiste de l’opinion, c’est même ta marque de commerce ! Il faut l’être, extrémiste, pour s’affairer à démolir ainsi, par le biais d’interprétations biaisées, de procès d’intentions, de généralisations caricaturales, de simplifications outrancières, d’accusations gratuites et de crimes par associations, notamment, des personnes et des regroupements dont tu ne partages pas les opinions. Au pays des chroniqueurs populaires, on dirait bien que les bornés sont rois !
Plusieurs anti-animalistes primaires récupèrent, depuis une semaine, l’accident mortel des chasseurs pour nous accuser de tous les torts, comme si nous étions responsables de leur mort ! Il est tout à fait normal d’être envahi par la colère et la tristesse lorsque nous sommes endeuillé, mais il ne faudrait pas tomber dans l’hystérie, que dis-je, dans la psychose collective et se lancer dans une chasse aux sorcières ! De même, utiliser les propos jugés déplacés de trois ou quatre internautes anonymes — qui, soit dit en passant, peuvent être n’importe qui, même des anti-animalistes déguisés — pour discréditer tout un mouvement relève évidemment du plus sinistre des opportunismes.
Aussi, si vous aviez la moindre idée du flot de mauvaises nouvelles, de la quantité phénoménale d’informations cauchemardesques et du nombre infini d’images et de vidéos d’horreurs auxquels sont exposés quotidiennement plusieurs militants, vous comprendriez peut-être un tant soit peu comment quelques-uns peuvent se réjouir, sur le coup, quand ils entendent ce qu’ils jugent être une bonne nouvelle enfin, c’est-à-dire la disparition de quatre tortionnaires. Ça vous offusque parce que vous n’avez pas la moindre idée de l’ampleur de la cruauté animale mondiale actuelle, parce que vous vous en foutez éperdument. Les animaux sont actuellement victimes des pires sévices imaginables et inimaginables : naviguez un peu sur le Web pour en prendre connaissance, et je vous garantis que vous reviendrez transformés à jamais de ce voyage au bout de l’enfer… La plupart d’entre nous comprennent très bien la peine que peuvent ressentir présentement les familles et les proches des disparus, mais vous, comprenez-vous un tant soit peu la nôtre ?!
À chaque printemps, des centaines de milliers de personnes à travers le monde sont en deuil de ces phoques, mais qui s’en préoccupe !? Comment peut-on valider la souffrance et la sensibilité des uns et dénigrer celles des autres avec autant d’ardeur et de conviction !? Comme s’il n’y avait qu’une seule sensibilité légitime, qu’une seule espèce animale digne de considération, et que toute déviation de cette prescription sociale était nécessairement suspecte et perverse…
Hier à peine, les Blancs qui pleuraient sur le sort des esclaves noirs étaient traités en traîtres et en parias exactement comme nous aujourd’hui… L’Histoire se répète, seuls les mœurs, profils et discours des esclaves, exploiteurs et défenseurs des deux camps changent…
Si vous saviez à quel point nous pouvons souffrir, bien involontairement, de notre compassion, vous auriez peut-être honte de la façon dont vous nous traitez aujourd’hui. Je dis cela et pourtant, je ne me fais pas d’illusions, sachant pertinemment que la majorité des gens n’ayant aucune compassion envers les animaux n’en ont pas davantage envers les humains, malgré ce qu’ils en disent. Essayez donc d’assumer davantage votre handicap compassionnel au lieu de tenter de discréditer notre sensibilité.
J’espère seulement que vous n’êtes pas tous en train d’essayer de nous faire croire que vous avez pleuré en chœur la mort de ces hommes ! Vous vous foutez autant de ces hommes que vous ne connaissez pas que de tous les phoques qu’ils s’apprêtaient à tuer, arrêtez votre cinéma ! Dans vos papiers vous jouez les humanistes extrémistes scandalisés par les « méchants animalistes » qui se soucient autant — oh ! sacrilège ! — des animaux non humains qu’humains, qui ressentent — sensiblerie enfantine ! — de la pitié et de la compassion autant pour l’Animal que pour l’Homme martyrisé et abattu, mais levez donc la main vous qui avez versé ne serait-ce qu’une seule larme sur le sort de ces chasseurs ! Vous jouez les veuves éplorées alors qu’en vérité, la seule chose capable de vous tirer une larme, c’est quand les Canadiens gagnent ou perdent les séries…
Vous nous exhortez à œuvrer pour d’autres causes « beaucoup plus importantes et valables » à vos yeux, des causes humanitaires, bien sûr, mais vous, que faites-vous donc pour les humains, pour votre communauté, dans quels organismes faites-vous tous du bénévolat !?
Avec vous, de toute façon, on ne s’en sort pas : ou bien on défend les mauvais animaux et on est alors hypocrites et sans cœur d’abandonner les autres, ou bien on les défend tous et on est alors des dangereux extrémistes terroristes, ennemis des humains…
Imaginez un instant un humanitaire œuvrant pour les enfants sidéens se faire reprocher de laisser tomber les enfants tuberculeux… Un bénévole se consacrant aux vieillards se faire accuser d’abandonner les handicapés… Un missionnaire au Gabon se faire critiquer de ne pas s’occuper des Soudanais… Vous voyez le ridicule ?
Aussi, si on attend d’avoir réglé tous les problèmes de l’humanité avant de travailler sur ceux des animaux, individus de seconde zone relégués au statut de meuble, on a le temps de retomber dans l’ère glaciaire avant que ça se produise !
CONCLUSION
Il faudrait premièrement inventer un nouveau terme pour qualifier les « chasseurs » de phoques, car celui-ci me semble fort inapproprié. Un chasseur, normalement, tue un animal et rentre chez lui pour manger sa carcasse, alors qu’un « chasseur » de phoques tue des dizaines, voire des centaines d’animaux et rentre à la maison les mains vides (mais les poches pleines d’argent et la tête pleine de projets de voyage à Cuba…). On devrait donc parler « d’abatteurs » de phoques, la banquise n’étant devenue rien d’autre qu’un abattoir à ciel ouvert.
Pourquoi, quand il s’agit de meurtres d’animaux, parle-t-on « d’abattage » plutôt que d’assassinat ? Parce que les gens ont très, très peur des mots, Patrick Lagacé le premier. Ainsi, pour atténuer l’horreur de la réalité, on préfère parler, notamment, de « récolte » ou de « cueillette » des peaux phoques, comme s’il s’agissait de fruits et de légumes… On ne parle pas de meurtres de masse, on parle de « récolte » ou de « prélèvement » de « ressources naturelles »… Rien de moins !
On ne cesse de justifier ce massacre par la supposée nécessité de « contrôler les troupeaux », d’abord et avant tout « pour leur propre bien être » évidemment… On décrète qu’il y a trop de phoques, qu’ils contribuent à la disparition des derniers bans de morue ayant échappé à la folie de la surpêche commerciale qui les a presque totalement décimés. Certains qualifient même les phoques de « vermine », question de mieux se déculpabiliser. Il faut évidemment faire payer les phoques pour la négligence des gouvernements à gérer « les ressources » maritimes.
Pourtant, le gouvernement lui-même avoue que le quota annuel d’abattage de phoques ne vise en rien le « rétablissement des stocks de poisson ». Les phoques mangent de la morue, oui, mais ils mangent également d’autres poissons qui, eux, se nourrissent de morue, aidant ainsi à sa préservation ! Plusieurs facteurs, totalement indépendants des phoques, contribuent à la faiblesse du rétablissement de la morue de l’Atlantique, dont la pêche, la mauvaise condition physique des poissons, leur faible taux de croissance et les conditions océaniques. Aussi, les scientifiques s’entendent sur le fait qu’il y a beaucoup d’incertitude dans l’estimation de la quantité de poissons réellement consommés par les phoques.
Maintenant, selon le Règlement sur les mammifères marins, les chasseurs doivent frapper le crâne du phoque jusqu’à ce qu’il soit écrasé, et soumettre l’animal au test de réflexe de clignement d’œil ou vérifier manuellement le crâne. Toutefois, une grande proportion (87 %) des chasseurs ne procèdent pas à cette vérification avant d’accrocher ou de saigner le phoque, ou de se diriger vers un autre animal. La rapidité et la compétitivité entre chasseurs est la règle, car c’est « premier arrivé, premier servi » ; ils ne sont pas payés à l’heure comme dans n’importe quel autre abattoir, mais bien au nombre de phoques qu’ils tuent. Les hommes se dépêchent donc d’immobiliser le plus grand nombre de phoques le plus rapidement possible ; c’est la course folle à l’assommage, puis on revient les achever avant qu’ils sauvent…
Aussi, le réchauffement climatique causant l’amincissement des glaces de la banquise, non seulement de plus en plus de bébés phoques sont appelés à mourir noyés, mais de plus en plus d’accidents et de drames attendent également les chasseurs. Faudra-t-il « les protéger contre eux-mêmes » en interdisant cette activité ?
Malgré la désapprobation internationale, la chasse aux phoques risque de continuer, hélas, jusqu’à « l’épuisement des stocks ». D’ici là, la moindre des choses serait de mettre fin à la « propagande Walt Disney », de cesser de parler de « techniques d’abattage humaines, dignes et respectueuses » des animaux. Continuez à les décimer, mais assumez la gronde de la population, assumez la cruauté de votre activité et arrêtez de nous bourrer comme des valises avec tous ces euphémismes ridicules tout droit sortis de votre sale langue de bois.
Cette chasse est cruelle, les phoques souffrent, et jamais nous ne pourrons inventer des moyens non cruels de les abattre. That’s it.
Note : Les statistiques et autres données citées dans cette lettre sont principalement tirées du rapport « Les phoques et la chasse au Canada », publié par IFAW en 2006, ainsi que du site officiel de Pêches et Océans Canada.
Pour un aperçu de la souffrance animale mondiale actuelle, un petit tour sur le site R.A.G.E peut éclairer votre lanterne.
http://www.reseaulibre.net/rage/
Pour visionner les vidéos qui ont récemment été enregistrées sur la banquise :
http://www.thenewsmarket.com/CustomLink/CustomLinks.aspx?GUID=cff8e564-3ec8-4dd1-b765-579ebf58e55d&bhcp=1