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benoit duteurtre (no login) Posted Mar 23, 2005 4:33 AM
En fait, même si Dominique finit par apparaître, le héros n’est pas vraiment certain de son existence, et il en doute même de plus en plus à la fin du livre. Ce qui m’intéressait, c’était que cette femme ait quelque chose d’irréel, non pas à cause d’un comportement extravagant, mais au contraire à travers un discours parfaitement censé, logique, raisonnable : profitons du progrès, apprenons à maîtriser la technique, faisons confiance à l’entreprise – et tout ce qu’on entend continuellement. Je voulais que ce discours si « normal » ait quelque chose de froid et d’inhumain, de telle façon qu’on ne sache pas vraiment si c’est une machine qui continue à parler, ou Dominique Delmare qui cherche à faire signer un forfait à son client. J’adore ces glissements légers de l’hyperréel vers l’irréel (ou le surréel), comme dans les nouvelles de Marcel Aymé ou les romans de Kafka. Sauf que nous ne sommes plus à l’époque de Kafka et que la limite entre le monde réel et le monde pris de folie est beaucoup plus ténue. Le monde dans lequel nous vivons n’a pas besoin d’être beaucoup exagéré pour devenir fou, il a seulement besoin d’être montré, avec ses vrais labyrinthes qu’on ne sait plus voir parce qu’on est à l’intérieur… Voilà un peu ce que j’essaie de faire comme romancier. |
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