Service clientèle est une bonne description de la situation clientèle pour n’importe quel service, surtout celui du téléphone portable. Les actions du protagoniste qui fait part de son problème à « Dominique » d’une manière humaine et honnête et les résultats vides de ces actions offrent ensemble une vue personnalisée de la société postmoderne. La société postmoderne favorise l’objectivité de la machine qui remplace le contact humain : « Et maintenant, cette machine qui ne me connaît pas personnellement demande, elle aussi, un code d’accès » (p59). On peut voir ici le contrôle que la technologie a sur nous (une théorie postmoderne). Le fait qu’il était possible que Dominique fût une personne fictive montre ce manque d’humanité. Ici, les circonstances du protagoniste bien que son statut comme un membre respectable de la société ne l’aide pas à recevoir d’attention personnelle. C’est à dire, la même chose arriverait s’il était criminel (Voilà le manque d’une considération personnelle).
Ces expériences avec « le labyrinthe » me faisaient beaucoup rire. Peut-être parce que je peux m’identifier à une même situation, d’être perdu dans une chaîne d’options qui ne suive pas une destination satisfaisante. Il décrit sa mémoire comme une collection vaste de numéros. Dans les non-lieux, cela décrit aussi notre identité. Mais, si tu ne te souviens pas de ces numéros tu seras perdu et impuissant.
Question : Je ne comprends pas exactement ce que Dominique a impliqué à la fin du roman sur la vérité des entreprises...dans quelques mots...les racines du désaccord entre elle et le protagoniste.
This message has been edited by adurand on Mar 17, 2005 6:09 AM
En fait, même si Dominique finit par apparaître, le héros n’est pas vraiment certain de son existence, et il en doute même de plus en plus à la fin du livre. Ce qui m’intéressait, c’était que cette femme ait quelque chose d’irréel, non pas à cause d’un comportement extravagant, mais au contraire à travers un discours parfaitement censé, logique, raisonnable : profitons du progrès, apprenons à maîtriser la technique, faisons confiance à l’entreprise – et tout ce qu’on entend continuellement. Je voulais que ce discours si « normal » ait quelque chose de froid et d’inhumain, de telle façon qu’on ne sache pas vraiment si c’est une machine qui continue à parler, ou Dominique Delmare qui cherche à faire signer un forfait à son client. J’adore ces glissements légers de l’hyperréel vers l’irréel (ou le surréel), comme dans les nouvelles de Marcel Aymé ou les romans de Kafka. Sauf que nous ne sommes plus à l’époque de Kafka et que la limite entre le monde réel et le monde pris de folie est beaucoup plus ténue. Le monde dans lequel nous vivons n’a pas besoin d’être beaucoup exagéré pour devenir fou, il a seulement besoin d’être montré, avec ses vrais labyrinthes qu’on ne sait plus voir parce qu’on est à l’intérieur… Voilà un peu ce que j’essaie de faire comme romancier.
Lors de notre discussion en classe hier soir, nous avons souligné cet aspect irréel de Dominique Delmare. Parmi les différentes interprétations, nous nous sommes interrogés sur la question divine dans un tel contexte (des non-lieux où prédomine une technologie de plus en plus envahissante)? Le personnage du prêtre, en "habit" traditionnel, représentant d'une longue tradition religieuse, apparaît en même temps comme quelqu'un de très "branché" (littéralement), au courant des dernières innovations informatiques. Est-ce que l'on ne pourrait pas dire finalement qu'il a vendu son âme au (diable) technologique? Et est-ce que dans ce monde, ce n'est finalement pas le personnage de Dominique Delmare - dont l'existence même est remise en question, qui apparaît comme un être suprême, entraînant le narrateur dans une sorte de jardin d'Eden - qui devient l'être divin, une sorte de Dieu?
J'ai d'ailleurs remarqué que vous revenez souvent à ces questions de religion dans vos textes (je pense par exemple à la visite dans un monastère de l'un des protagonistes de votre roman Le Voyage en France); pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Bizarre, effectivement, cette idée du lieu divin, comme un paradis aseptisé, royaume d’une modernité parfaite et angoissante… La station de ski de Service Clientèle est de ce genre là. Une de mes nouvelles montrait déjà un décor semblable : « dans la sanisette » (du recueil Drôle de temps) où le héros, enfermé dans une sanisette, finit par atterrir dans une sorte de monde recomposé, normalisé, entièrement réglé par un entrepreneur (JC Decaux). Et JC Decaux apparaît lui-même et tend la main au héros, en lui demandant : « pourquoi avez-vous douté de moi ». Je n’avais même pas réalisé que c’est une phrase biblique, au moment de la mort du Christ. Quelqu’un me l’a fait remarquer comme si j’avais eu une belle inspiration ; pourtant, c’était plutôt dans la logique du personnage, icône de la modernité et de tous les services clientèles (« pourquoi doutez vous de nous ?). Il est vrai que j’ai une assez forte culture religieuse, par mon enfance, par ma famille, et que cela est présent souvent dans mes livres (le séminariste du Voyage en France, le prêtre de Service Clientèle). En fait, j’aime bien l’idée que la perfection du paradis, comme celle de la modernité idéale, ce monde débarrassé des imperfections, des scories, des contradictions, n’est rien d’autre que la mort elle-même.
Je suis d'accord avec les thèmes présents dans ce roman, que les ordinateurs et les machines envahissent nos vies. Je ressens la frustration quand le protagoniste veut envoiyer un message mais il y a toujours un problème.
Je vois aussi un changement du ton à la page 56 quand le narrateur décrit sa préférence pour les styles de la poésie. En particulier il retourne constamment au poète Rimbaud qui représente un côté rebelle.
Est-ce que ce paragraphe « Adolescent, je lisais ces poèmes … l’art moderne et la liberté des mœurs » représente un sentiment évocateur des jours quand les ordinateurs et les machines ne jouent pas un rôle important dans la vie, ou est-ce que ça c’est simplement un ajout dans le contexte du roman ?
This message has been edited by adurand on Apr 11, 2005 8:08 AM This message has been edited by adurand on Apr 11, 2005 8:08 AM
Le narrateur dont on ne sait pas grand chose vit dans un monde ultra-perfectionné avec tous les derniers gadgets possibles comme pour donner l’illusion de “ne pas se perdre dans l’existence” (p9), or un évènement en soi tout banal - il perd son téléphone portable - va l’entraîner dans un labyrinthe sans fin pour essayer de remplacer l’appareil. Ironiquement on a l’impression que sa vie normale s’est arrêtée - sa vie est devenue “a living hell” - avec ce fait en apparence anodin et cela change même sa personnalité. Soudain il perd son identité, sa raison d’être, son gagne-pain. Il est perdu, il ne peut plus fonctionner : “Impossible de rester ainsi suspendu face au vide” (p11). Désormais sa mission est de tenter d’entrer en contact avec quelqu’un du “service clientèle” de la société Cogecaphone en vue de récupérer son bien. Chemin parsemé d’embûches toutes plus invraisemblables les unes que les autres qui vont le conduire de frustrations en frustrations.
Les non-lieux dans ce roman sont la tournure que prend la vie du narrateur. Il voit sa vie transformée en un vide existentiel grotesque où personne ne peut rien faire pour lui, semble-t-il, pas même ce Dominique Belmare, le responsable de Cogecaphone. Le personnage existe en fait et s’avère être une femme alors que le nom même est sans genre. Le narrateur compare sa vie à un “long périple – comparable à l’Odyssée…” (p12) Le malheur en fait est que “personne ne pouvait rien faire pour personne”. (p67)
L’individu est tel un anti-héros condamné et destiné à se battre contre les absurdités de la bureaucratie engendrée par le système capitaliste et victime aussi de ce système économique où la productivité passe avant tout. Car malheureusement l’entrée dans ce “monde absolument moderne” (p66) n’est pas sans conséquence dramatique pour l’individu qui cesse d’exister en tant que tel. Sa vie est désormais passée au service de l’entreprise. Son mode de vie s’en trouve transformé aussi: voilà qu’apparaissent des web cafés. Ainsi se crée une nouvelle caste de gens liés par un destin commun: celui de rentabiliser l’économie française. Autre conséquence fâcheuse: la perte de communication réelle entre les individus. Le monde moderne est "responsable" d’avoir créé un “langage” nouveau, son propre langage que seul les internautes peuvent comprendre, et qui est accompagné de nouvelles règles de jeu. Et malheur à ceux qui ne peuvent s’aider eux-mêmes, ceux-là sont catalogués comme “des paumés”, “des déclassés”, des sortes de laissés-pour-compte de la société ni plus ni moins.(p63)
Le prototype du héros ou plus exactement de l’anti-héros pour le narrateur est le poète du 19e Arthur Rimbaud, figure de jeune rebelle révolté. Le narrateur se prend pour "un néo-Rimbaud" et semble comparer son parcours de combattant à celui d’ “Une saison en enfer”. Ironiquement l’entreprise Cogeca se sert d'une photo d’Arthur Rimbaud comme visuel publicitaire peut-être pour vouloir dire que pour survivre dans ce monde technologique actuel vous vous devez d’avoir l’esprit contestataire, d’être un révolté né.
Malgré le caractère terne de l’histoire racontée dans ce roman, je l’ai trouvée néanmoins humoristique dû aux péripéties absurdes que vit le narrateur dans un monde moderne soi-disant supposé lui faciliter les tâches. On se prend également de sympathie pour le narrateur car on a tous eu l’expérience frustrante de se sentir impuissant face à une panne de technologie, si dépendants d’elle sommes-nous devenus, force est de constater. C’est le revers de la médaille.
This message has been edited by adurand on Mar 17, 2005 7:21 AM
J’ai beaucoup aimé ce livre de Benoît Duteurtre. Je me suis tout à fait identifiée avec le personnage principal et ses nombreux problèmes avec la technologie. Même s’il le décrit comme un homme important qui voyage beaucoup pour son travail et qui croise des stars dans les soirées parisiennes, la vérité, c’est qu’il est complètement nul avec la technologie. Aujourd’hui notre société regarde les avances technologiques comme les sauveurs de nos vies. Avec la nouvelle technologie chacun peut avoir une vie plus facile, plus rapide et bien sûr plus efficace. Mais est-ce vrai ? Ce livre découvre l’ironie de cette histoire de la technologie, et tout commence avec la perte d’un « téléphone mobile extrêmement perfectionné. »
On est devenu complètement dépendant de la technologie. Après quelques secondes sans son téléphone le personnage principal commençait à se demander « combien d’amis, de correspondants, d’employeurs potentiels essayaient déjà de me joindre et s’étonnaient de ne pas me trouver ? » Mais notre personnage principal se trouve dans les situations frustrantes dans ce livre à cause de sa dépendance de la technologie. Les problèmes, par exemple, avec sa « carte premier, » son Internet et un mot de passe, le code d’entrée à son bâtiment, et aussi les problèmes avec le service clientèle.
Les scènes qui me faisaient beaucoup rire sont celles du labyrinthe et du mot de passe. Elles ne sont pas des exagérations, mais les choses qui se passent tous les jours dans la vraie vie. J’ai entendu les voix du « cyborgs » quand j’étais en train de lire les paragraphes expliquant le labyrinthe du service clientèle qui finit toujours avec la phrase « je ne pouvais rien faire pour toi » dans le cas du personnage principal. Et c’est vrai que toutes les choses demandent un mot de passe aujourd’hui . . . comment peut-on se souvenir de tous nos mots de passe ?
Le personnage principal vit sa vie en pensant qu’il est toujours une victime de la technologie et je crois que la citation de Dominique Delmare à la fin de l’histoire lui donne une nouvelle perspective sur sa vie. « Vous vous sentez persécuté par les machines parce que vous ne savez pas vous en servir. Me je vous rappelle que personne ne vous oblige à les acheter »
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 8:49 PM
Comme vous le remarquez, l’une des clefs du livre est l’incapacité du héros face aux problèmes techniques. Pour que ce soit intéressant du point de vue romanesque, je ne pouvais pas me contenter de dénoncer l’emprise des machines sur la vie quotidienne ; cela aurait eu un coté politique et moralisateur. Il était plus intéressant de montrer un personnage dépassé, incapable, malhabile devant son ordinateur, ce qui entretient une ambiguité : est-ce sa clairvoyance qui lui fait découvrir un nouveau système totalitaire ; ou est-ce sa nullité qui le conduit à développer des théories un brin paranoïaques ? Evidemment, Dominique Delmare tentera de le persuader qu’il est plutôt paranoïaque. En tout cas, cette question suspendue fait qu’il s’agit d’un roman et d’une comédie, et non pas d’un essai sociologique.
Pour l’anecdote, je signale que je viens de vivre une nouvelle fois la situation de mon personnage, en tentant de répondre à vos messages et en perdant, plusieurs fois, le texte que j’avais minutieusement concocté. Le fonctionnement du forum est un peu bizarre (par exemple, si on revient à la page précédente après « aperçu », on perd le message qu’on vient de taper). Au début, j’étais furieux, prêt à tout balancer mais Dominique Delmare m’aurait répondu : « Vous n’allez pas vous révolter contre l’informatique, simplement parce que vous ne savez pas naviguer sur ce site. » Maintenant, je me suis adapté et je pense qu’elle avait un peu raison !
Merci pour cette analyse précise qui me parait très conforme à l’esprit du livre, à un détail près : je ne crois pas que le narrateur se prenne lui-même pour un « néo-Rimbaud ». Non, il s’est pris pour Rimbaud quand il était adolescent, et cela lui paraissait audacieux, marginal, rebelle… Or maintenant il s’aperçoit que tous les adolescents ressemblent à des néo-rimbaud, que la société toute entière trouve cela très bien, et que Rimbaud est même devenu une icône publicitaire. En fait, dans ce roman, le vrai « néo-Rimbaud », c’est le jeune gourou, avec son côté cool, moderne, un peu méprisant pour les adultes et en même temps complètement formé au moule du monde technique et du capitalisme moderne. C’est pour cela que page 59, au début du dernier paragraphe, j’ai glissé pour le décrire un vers de Rimbaud : « Les lèvres un peu maussades et les poings dans les poches ».
Merci à vous d'avoir clarifié la réelle signification de la référence à Rimbaud. C'est intéressant de savoir ce que l'auteur avait vraiment en tête comparé à sa propre interprétation. Je comprends mieux que ce soit effectivement ce jeune génie qui est un néo-rimbaud. C'est vrai qu'il me paraissait désinvolte de par son attitude quelque peu arrogante, qu'il ne se prenait pas pour rien. C'est vrai aussi que Rimbaud exerce toujours un certain pouvoir de fascination sur les masses et sans doute en particulier sur les jeunes puisqu'il fait figure de mythe et qu'il incarne si bien ce côté fougueux de la jeunesse, ce non-conformisme que l'on retrouve dans ses poèmes.
Une question toute pratique: pourquoi est-ce que le narrateur n'aurait pas pu simplement s'acheter un autre portable quand il a perdu le sien au lieu de bouziller sa vie litéralement en essayant de le remplacer? Mais j'ai déjà ma réponse, sans doute que vous n'auriez pas eu d'histoire à raconter alors? Néanmoins je n'ai pas pu m'empêcher de me poser cette question à mesure que je suivais le narrateur allant de frustations en frustations. Si j'avais été le narrateur, j'aurais fait un tel tapage à la direction de Cogeca qu'ils auraient bien été obligés de céder et "cut through the red tape" surtout que je suis un client privilégié. Le client n'est donc pas roi en France. C'est vrai que c'est une comédie et c'est sans doute ce qui sauve le sujet comme vous l'avez dit vous-même car vous ne vous montrez pas en tant que moralisateur. C'est une bonne satire déguisée de cette technologie de pointe qui a envahi nos vies à un tel point qu'elle nous définit presque ou du moins nos gestes quotidiens. On peut se poser la question : qu'est-ce qu'on serait sans son portable ou son ordinateur, etc.?
Au-sujet de Dominique Delmare, "elle" apparaît tel un fantôme car elle est inaccessible. Elle fait bien figure de patron à qui l'on a accès derrière des portes automatiques. Il y a tout un cérémonial à respecter. La société Cogeca se veut au service de ses clients comme toute bonne société mais sur papier seulement car dans la réalité on s'aperçoit que le client privilégié n'est en fait qu'un numéro comme un autre. C'est un statut qu'on veut bien lui conférer pour l'inciter à faire affaire mais ironiquement une fois devenu client, il perd tous ses droits et privilèges avec des tactiques de marketing apparemment mensongères. On est loin du temps où avant la révolution industrielle, la bonne foi ou la bonne parole du client suffisait pour faire affaire. Il semblerait que ce que l'on a gagné avec le progrès malheureusement on l'a perdu avec la stérilité des rapports humains. Peut-être y-a-t-il un peu de vrai tout de même?
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:56 AM This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:53 AM
Il est vrai que le livre commence avec une histoire de téléphone portable, que la couverture montre des portables et que les lecteurs retiennent surtout cet objet symboliquement très fort… Mais en réalité, les problèmes de téléphone ne sont que le début d’une cascade d’événements, dont le principal est l’impossibilité de connecter son ordinateur. Entre temps, le héros a d’ailleurs fait l’acquisition d’un nouveau téléphone ; je n’insiste pas beaucoup là-dessus, mais c’est tout de même dit page 32 (juste après son retour d’Amérique). Malheureusement, il est beaucoup plus difficile de changer un ordinateur entier qu’un simple téléphone ; d’où son déplacement au service-clientèle. Il me semble donc que la logique est respectée de ce point de vue.
Ce livre est à la fois réaliste et humoriste. Tout le monde peut comprendre les sentiments du protagoniste. Dans cette société "super moderne", comme Stéphanie a écrit, le contrôle des machines et de la technologie sur nous continue à augmenter. De plus en plus, nous sommes complètement perdues sans ces "gadgets", comme Pascale a remarqué. En perdant son portable, le narrateur a perdu son identité, sa façon d'être "branché".
C'est ironique que la technologie nous donne beaucoup d'autres moyens de communiquer mais en même temps elle nous isole, en masse. Dans ce livre il n'y pas beaucoup d'exemples de non-lieux mais j'ai trouvé une grande quantité de non-personnes. Le protagoniste devient une non-personne lorsqu'il perd son appareil. Il est comme une vache, suivant les ordres d'une voix automatisée, complètement confondue et démoralisée. Je suis d'accord avec Stephanie qu'il y a un manque d'attention personelle, en fait, au téléphone automatisé, on était divisé dans deux groupes uniquement: 1-une entreprise ou 2-des particuliers. Finalement, quand une vraie personne a répondu, c'était une autre non-personne..."Kevin Maladain..un jeune homme simple...Pour toucher un salaire de misère, il devait se présenter d'une façon précise, utiliser certaines phrases répertoriées, paraître impliqué dans le développement de la société qui l'exploitait et considérer cette embauche comme une chance."(16) Nous sommes tous contrôlés par le système et la technologie.
Si ses idées sont assez lourdes, Duteurtre a maintenu un ton humoristique et léger. C'était original et un changement appréciable. On ne peut pas perdre le sens de l'humour. En riant, nous gardons un peu d'humanité.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 8:54 PM
Merci de le souligner : ma véritable ambition serait bien d’être un humoriste du roman… Ce qui n’est pas une petite ambition puisque tous les romanciers que j’aime ont, à mon avis, un sens de l’humour – ou en tout cas de l’ironie – très aigu : Flaubert, Maupassant, Proust, Aymé, Céline, même Balzac, sans parler de Rabelais ; et aussi bien sûr Kafka, Gombrowicz ou Evelin Waugh… Evidemment c’est une sorte d’humour noir. Les personnages de mes livres sont tous en proie à des démêlés compliqués ; ils se débattent dans des pièges ; ils ont affaire au conflit de l’homme avec la mécanique de l’existence (qui pour Bergson provoque le rire). Souvent, d’ailleurs, ils sont pleins de bonne volonté. Même dans Service Clientèle, le héros se révolte parfois mais, la plupart du temps, il préférerait maîtriser le système et en profiter ! Même quand les situations sont graves, même quand les réflexions paraissent sérieuses, il y a toujours ce côté un peu burlesque et décalé (à la Buster Keaton) du personnage qui ne parvient pas à ses fins, sur un chemin semé d’embûches.
« Service Clientèle » traite le sujet de comment la technologie affecte la vie moderne. Le protagoniste est quelqu’un qui sent que la technologie est un pouvoir envahissant. C’est évident dans les passages où il décrit le prêtre qui utilise une clé électronique pour sa voiture, il parle des modems et connexions par câble, et il mange au McDonald’s. Aussi il y a un peu de cet élément d’invasion de la langue anglaise dans le roman avec des mots comme « CD Diagnostic Doctor » et les mots technologiques qui sont traduits exactement de l’anglais comme « disque dur ».
Un autre aspect intéressant que j’ai trouvé dans ce roman est que le narrateur en se rebellant contre le monde moderne de la technologie, est en fait en train de penser comme une personne âgée. Il ne veut pas le progrès s’il ne peut pas parler avec l’administration des compagnies directement ou si les machines « remplacent un peu partout les humains ». (p13) Il sympathise avec une fille qui au début le mettait en colère parce que dans ses pensées elle est « une simple prostituée » de la compagnie Cogeca. (p54) La chose la plus étonnante était que je suis d’accord pour la plupart avec les sentiments du protagoniste, et je trouve que la technologie a trop envahi nos vies.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 8:57 PM
Je pense que Benoît Duteurtre a très efficacement capturé l'anéantissement que la plupart des gens ressentent en communiquant avec le service clientèle. La manière avec laquelle il prend un problème simple, qui se transforme en un plus grand problème était bien, il aide avec l'accumulation de la tension. Ca m'a choqué aussi de découvrir que Dominique Delmare était une femme. J'ai estimé que mes pensées ont parfois fait l’écho des pensées du narrateur. Quand il s'est senti exploité, j’ai pu m’identifier à son sentiment. Quand il s'est senti manipulé dans le but de lui faire accepter un nouveau plan de téléphone, j'y ai pensé aussi. Quand il a senti que le système de Cogeca devenait un monopole qui essaye de nous forcer à suivre leurs règles, j'ai senti la même chose. Je me suis sentie fâchée contre l’ordinateur quand il ne pouvait pas accéder au net. Quand il a découvert que Dominique Delmare était également le directeur du Cogecanet, je me suis demandé s'il était la même personne. Pourtant autant que j'étais une alliée du narrateur après l'introduction de Dominique Delmare, j’ai pris du recul et me suis demandée si ce n'était pas le narrateur qui était responsable de ses malheurs. Après qu’elle dit “Ce n’est pas parce que vous oubliez votre mot de passe que vous êtes la victime d’un complot! Ce n’est pas parce que notre entreprise commet une erreur regrettable que nous vivons dans une société pourrie!(81)”
C’était après qu'elle a dit cette phrase que j'ai commencé à interroger qui était vraiment fautif. Puisqu'il semble qu’un système plus ou moins automatisé apparaissant dans chaque aspect de la vie, qui a tort quand il y a une erreur ? Après l’introduction de Dominique Delmare je me suis rappelée de quelques phrases que j'entends souvent concernant les ordinateurs. La première c’est "l'ordinateur n'est jamais en tort, c’est toujours une erreur d'opérateur". La seconde c’est "vous mettez des ordures dans un ordinateur, vous obtenez des ordures hors d'elles (you put garbage into a computer you get garbage out)." Chacune de ces deux phrases essayent de prouver que l'ordinateur est sans erreur, que ce sont les gens qui les emploient qui commettent des erreurs. Ainsi il semble qu’afin de vivre dans "un monde absolument moderne " nous devrons créer un service clientèle 100% automatique qui pourra aider les humains à résoudre leurs problèmes. Plus le monde progresse, plus les humains devront penser d’une façon plus moderne, et agir comme des ordinateurs afin d'éviter de faire des erreurs. Un monde qui est apparemment impossible pourtant Duteurtre a donné un exemple qui n'est pas trop loin de ça.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 9:04 PM
Ce roman par Benoît Duteurtre était un peu bizarre. Il y avait plein d’exemples des non-lieux mais l’auteur se concentre sur quelques exemples importants.
Il y a bien sur le bureau du service clientèle pour la Cogeca. C’est la où le narrateur doit aller pour résoudre ses problèmes. Et il y a aussi la non personne de Dominique Delmare mais on trouve qu’elle existe. Le narrateur pensait qu’elle était une signature pour les lettres, simplement un nom pour le département du service clientèle. Mais ce n’est pas le cas. Elle est une vraie personne. Dominique et le narrateur ont rendu visite à une célèbre station de ski de la Tarentaise. La moitié des gens qui sont là étaient invités par la Cogeca pour le « weekend-ski » pour les clients, à partir de 50,000 points fidélité. Mais cette idée d’un voyage pour les clients privilégiés est un rêve qu’on ne voit pas. La plupart des gens n’ont jamais eu une expérience comme ça avec une compagnie. C’est extrêmement rare, et simplement quelque chose dont on entend parler. Franchement c’est incroyable.
Finalement il y a ce non-lieu qu’on peut appeler le cyberspace. C’est là où toutes les choses ont lieu. Aujourd’hui les machines font tout. Elles peuvent faire du shopping, faire des courses, envoyer le courrier, rechercher, obtenir des nouvelles, etc. C’est difficile pour les gens d’imaginer une vie sans les machines. Et elles n’existent que pour une vingtaine d’années. Mais dans ce roman, elles sont la raison pour tous les problèmes. Elles sont la raison pour laquelle le narrateur doit aller à Cogeca pour résoudre les problèmes. Et à la fin ça ne marchait pas. C’est le cas d’aujourd’hui aussi. Le cyberspace, les produits électroniques, et les ordinateurs ont pris les places des choses dans nos vies. Il ne faut pas aller autour de la maison pour rien faire. On peut le faire chez soi, quand on veut. En fait, on peut vivre dans ce non-lieu. Et ça crée des non personnes, ou les personnes qui vivent dans cet état entre réalité et fantaisie.
Je le trouve drôle que ce ne soit qu’un code d’accès qui bloque le monde de cet homme. Il pense que c’est la fin du monde à cause de son code d’accès erroné. Mais « le monde » auquel il a essayé d’accéder est faux. Ca n’existe pas. C’est le cyberspace.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 9:09 PM
Quand j’ai lu le premier chapitre de « Service Clientèle », j’ai eu plein de sympathie pour le protagoniste. J’ai eu une expérience similaire quand j’ai fait mon stage en France avec France Télécom. Je suis allée dans une agence de France Télécom pour ouvrir un compte et activer une ligne fixe. J’ai payé les frais d’activation, et pendant 2 mois, tout était bien arrangé. Mais à la fin du troisième mois, l’entreprise de France Télécom a coupé ma ligne. J’ai passé une semaine à régler la problème. Comme ils ont coupé la ligne un dimanche, je ne pouvais rien faire(comme en France, tout est fermé le dimanche sauf le marché). En fait, finalement j’ai essayé de payer la facture dans la même agence où j’avais ouvert mon compte ; mais ils n’acceptaient pas les paiements de facture dans les agences. « Il faut appeler le 10-14 depuis une ligne fixe pour être connecté avec un représentant du service clientèle ».
J’ai essayé sans résultat, comme le protagoniste du roman, de trouver quelqu’un qui pouvait m’aider. Finalement, je me suis perdue dans le « labyrinthe » au téléphone, où je n’ai pas réussi à payer la facture (comme j’avais pas activé mon compte sur l’internet, je n’avais pas le code d’accès pour payer par téléphone) et j’ai fait semblant d’être une employée qui téléphonait depuis une agence de France Télécom. Finalement j’ai réussi à payer la facture, et ils ont réactivé la ligne. Par contre, je suis un peu hantée par le jingle de France Télécom, comme le protagoniste du roman est hanté par les affiches de Cogeca ;
« ENTREZ DANS UN MONDE ABSOLUMENT MODERNE »
Chaque fois que je l’entends à la radio française, tous les muscles de mes épaules se serrent et je me trouve toute tendue à cause de l’angoisse due à mes expériences avec le service clientèle.
Apres tout ça, il est évident que nous dépendons de la technologie. Il faut avoir une connexion d’Internet, une ligne fixe, et un téléphone portable. Mais cette dépendance sur la technologie est pleine d’ironie: On utilise les moyens électroniques pour communiquer avec le monde ; nos amis, nos familles, nos collègues ; mais ce sont ces même moyens qui nous coupent du monde. Pourquoi faire le voyage de Paris à Nice pour voir de la famille si on peut se mettre devant une web-cam et chatter avec eux ? On peut être branché avec tous nos gadgets technologiques, mais avec chaque branchement technologique, on devient moins connecté avec le reste du monde.
Sur le sujet de Dominique Delmare, je pense que l’ambiguïté de genre est fait exprès pour renforcer le thème de non personne. Le moins d’informations que nous avons sur un personnage dans un roman, ou un film, on trouve que c’est plus difficile à s’identifier avec eux. Dans « Service Clientèle » on ne connaît pas très bien le protagoniste, mais on peut s’identifier avec lui et ses expériences. Par contre c’est plus difficile de s’identifier au personnage de Dominique Delmare, parce que nous sommes programmées de la détester à cause de sa profession.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 9:16 PM
Nous avons eu de la sympathie, parce qu'on comprend exactement ce qui se passe dans ce roman. C'est un outil efficace que plusieurs auteurs utilisent - faire une connection avec les lecteurs en utilisant avec quelque chose d’universel.
J'ai une question pour tout le monde... Qui pense que nous sommes en sécurité avec toutes les machines codées, et les technologies avancées?! Qui se sent plus en sécurité avec les portes, les autos, et les ordinateurs qui utilisent des clés par codes?
This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 6:06 AM
J'ai beaucoup aimé ce livre. C'est drôle, et comme d'autres ont rémarqué, c'est plein de situations familières. Tout le monde peut sympathiser avec les frustrations du protagoniste pendant qu'il se perd dans (comme Julie a dit)le "labyrinthe".
Quelque chose que j'ai rémarqué c'est la dépendance de la société vis-à-vis de la technologie. On ne peut plus fonctionner sans technologie, et également on ne peut pas y échapper non plus. Des fois, la technologie nous aide - elle peut simplifier la vie ou permettre l'accès à des domaines plus compliqués - mais d'autres fois elle rend la vie vraiment plus difficile.
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:50 AM
Ce qui existe dans ce roman qui n'existe pas dans les autres c'est une certaine humanité. Une palpabilité émotionnelle. C'est le contraste entre l'idée des non-lieux et l'idée des non-gens qui est exhibé pendant le passage où le narrateur suit le prêtre, uniquement par curiosité. Le prêtre commence comme n'importe quel autre homme, n'importe quelle autre "non-personne." Mais son humanité s'est formée dans ces entretiens avec les gens autour de lui.
D’un autre côté ou d’une façon différente Duteurtre élargit l'idée des non-lieux en incluant les distributeurs automatiques, et le concept qu’on peut personnifier les ordinateurs et en même temps les ordinateurs font de nous des gens sans identité.
Je note que cet homme est un "nobody." Il ne mentionne pas son nom, ses amis, et il parle de ses parents, mais avec brièveté. Comme dans le roman de Houellebecq l'homme a une ex-fiancée ou petite amie, mais dans ce moment il manque de beaucoup de connections humaines.
This message has been edited by adurand on Mar 22, 2005 9:27 PM
Ce livre est vraiment drôle. Il m’a donné beaucoup de plaisir à sa parce que les situations sont tellement familières. L’isolation du narrateur face à la technologie est remarquable. Il est vraiment perdu dans un monde inhumain d’ordinateurs, de caisses automatiques et d’humains mécaniques. Chaque fois que le narrateur cherche un ‘service’ il trouve un robot (un vrai robot ou un humain qui n’est pas mieux qu’un robot). Les robots et les humains traitent le narrateur de la même manière. Ils ne font rien pour l’aider. Dans ce labyrinthe de technologie, les différences entre les machines et les humains deviennent de plus en plus ambiguës, jusqu’au point de ne plus exister. Prenez, par exemple, les opérateurs humains que le narrateur rencontre quand il perd son téléphone. Ils sont exactement comme les opérateurs mécaniques. L’un après l’autre le jette vers un autre opérateur, comme si le narrateur avait appuyé sur un bouton sur son téléphone. À la fin de cette Odyssée inutile, le narrateur découvre que la seule personne qui peut l’aider n’existe pas. Ironiquement, cette personne fabriquée donne au narrateur plus de consolation que toutes les autres dans ce labyrinthe. Le narrateur cherche une réponse à la question : « Est-ce que je peux résoudre cette catastrophe qui a suivi la perte de mon téléphone ? » La seule personne qui lui donne une réponse définitive est cette Dominique Delmare, cette personne fictive qui lui répond clairement: « NON ! » .
This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 6:11 AM
J'ai remarqué aussi que l'existence d'émotion humaine n'apparaît que dans ce roman. En fait, c'est l'une des premières choses que j'ai noté. Je crois que l'émotion exprimée le plus par le protagoniste est la colère, mais tout le temps où il devient faché, j'ai ri. Je me sens souvent comme le narrateur; je trouve que beaucoup de la technologie aujourd'hui est tros compliquée. Et je suis d'accord avec le narrateur dans ses sentiments à propos des portables. Je déteste le fait que tout le monde ne peut pas vivre sans un portable dans la poche. Chaque fois que j'entends une petite chanson gêné qui vient d'un portable, je me demande ce qu'on faisait auparavant, quand les portables n'existaient pas. J'ai beaucoup ri quand j'ai lu la scène dans Service clientèle ou il y avait une sonnerie, et tout le monde autour du protagoniste a plongé leurs mains dans les poches pour voir si c'était le leur. Je vois fréquemment cette scène exacte. Je sais que ce n'est pas bon de détester la technologie, mais il semble que dans dix ans, nous serons tous remplacés par des robots!
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:44 AM
Il y a plusieurs aspects du romans à discuter, en particulier, la perception de réalité que Dominique présente au protagoniste. Elle prétend cacher un mystère d'une vie heureuse, mais sa "réalité" se présente comme un culte de la publicité. Quand Dominique et le protagoniste arrivent dans l'endroit caché, on trouve une station de ski avec les clients privilégiés de la Cogeca. Elle dit "profitez de la vie" en impliquant cette station, une extension du bras Cogeca. Est-ce qu'elle a vraiment profité de la vie? Est-ce que les cadeaux du service clientèle constituent une vie riche? Intéressant aussi, est le fait que le protagoniste, qui essaie de dénoncer la technologie et le capitalisme, veut vraiment un nouveau portable avec les abonnements payés. Il préférerait tout ça plus que cette réalité qu'elle impose sur lui. Il essaie toujours de la dénoncer, mais il est quand-même captivé par ses cheveux blonds et son attitude professionnelle.
This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 1:32 PM This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 1:30 PM
Service clientèle est encore un livre qui nous démontre combien la technologie est devenue ridicule. Le narrateur a reçu un nouveau téléphone pour Noël qui est très moderne, mais quand il le perd, il trouve qu'il ne peut contacter personne et personne ne peut le contacter. J'ai souvent pensé à ce problème parce que tous les numéros de mes amis et ma famille sont dans l'annuaire de mon téléphone et si je le perdrais, je ne saurais pas comment les contacter. Si j'obtiens un nouveau téléphone, il sera nécessaire d'attendre que mes amis me téléphonent pour retrouver leurs numéros. Aujourd'hui il est étonnant de voir l'importance de la technologie lorsqu'on veut rester en contact avec ses amis.
Service clientèle a mis en point un autre paradoxe de la technologie moderne. Pour rester compétitive avec les compagnies, il était nécessaire que la compagnie licencie les employés dans le service clientèle. Donc, pour réparer un ordinateur il faut visiter le site Internet de la compagnie, mais ça n'est pas possible quand l'ordinateur ne marche pas et si l'ordinateur marche, on n'a pas besoin de visiter le site! En plus, quand le narrateur trouve la directrice du service clientèle, on pense qu'elle l'aide, mais vraiment elle a seulement désiré lui vendre un nouveau service. Service clientèle est une satire sur les problèmes que la technologie et le capitalisme ont créé pendant qu'ils ont essayé de réduire les problèmes dans la vie.
This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 2:37 PM This message has been edited by adurand on Mar 23, 2005 2:36 PM
Je voulais discuter le passage dans lequel le personnage principal prend le chemin de fer Montréal-New York (au deuxième chapitre à la page 29). Il utilise le terme « archaïque résidu de train qui met onze heures pour franchir six cents kilomètres, sur une ligne à une seule voie » à décrire son mode de transportation. C'est marrant, il y a quelques années ce train aurait été « top of the line » mais aujourd'hui avec le TGV et les autres avancées technologiques ce train est démodé.
Quelques rangées derrière le narrateur sont les passagers amish. Les amishs sont un drôle de type de communauté trouvée dans l'état de Pennsylvanie qui « labourent leurs champs avec des chevaux, refusent le téléphone et l'électricité » comme au 19ieme siècle. C'est étonnant pour nous, les lecteurs du 21 siècle, qu'il reste toujours les personnes qui vivent sans les progrès technologiques ! Comment font-ils ? Notre narrateur est perdu sans son téléphone pour quelques jours, et voilà des gens qui vivent toute leur vie sans électricité.
Mais dans le monde d'aujourd'hui on ne peut pas échapper à la technologie. Même l'amish prend le train, et les pères amishs étaient en train de jouer à un jeu électronique ! Il est vrai que notre monde est complètement dépendant de la technologie. J'aimais beaucoup la scène qui montre la juxtaposition entre la vie avec la technologie et la vie sans technologie, l'ironie des pères amishs avec le jeu électronique, et le fait qu'on est tous dépendant de la technologie qu'on le veuille ou non.
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:29 AM This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:28 AM
Je voudrais savoir si ce roman est fondé sur une vraie expérience. L'histoire était très simple mais très intéressante à lire. Je crois que beaucoup de personnes pouvaient se rapprocher du narrateur du roman, <<Service Clientèle>> du Benoît Duteurtre. Le narrateur vit dans un non-lieu gouverné par la technologie, mais il ne fait partie de ce non-lieu parce qu'il ne pouvait pas s'en servir, et c'était ce qui le frustrait, le fait irritable et méfiant de tout le monde. Il me rappelle un peu le personnage principal du roman <<Extension du domaine de la lutte>> parce qu'il analysait et critiquait toutes les choses et tout le monde mais il n'est pas très amer comme le personnage d' Extension du domaine de la lutte. Je crois qu'à la fin du roman, avec l'aide de Dominique Delmare, il commençait à accepter son inadaptation à la technologie. Il devenait un peu heureux parce qu'il tombait amoureux de cette femme.
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 8:04 AM
Bien sûr, ce roman est fondé sur des expériences personnelles. En fait, tout a commencé dans une revue où j’écris régulièrement : L’atelier du roman. J’y racontais, dans une chronique, mes démêlés avec divers service-clientèle (pour mon portable, pour prendre l’avion, etc…). Après avoir écrit ces quelques pages, je me suis aperçu que ce récit obsessionnel avait quelque chose d’intéressant du point de vue romanesque. On se trouvait précisément dans un cas où le réel « produit » une histoire folle, sans nécessité d’ajouter quoi que ce soit. A première vue, cette histoire pouvait paraître banale et anodine ; mais tout était dans la façon de la raconter, dans cet enchaînement précis et répétitif. J’ai eu alors envie de développer l’histoire, d’aller jusqu’au bout de sa logique, aux dimensions d’un petit roman. Et la conclusion s’est imposée tout naturellement. Puisque toute la question posée, depuis le début, était l’existence de Dominique Delmare, il fallait aller jusqu’à elle – ou du moins jusqu’au bout des obsession du narrateur et jusqu’à l’idée qu’il se fait d’elle.
Ce mélange de péripéties quotidiennes et de digressions plus ou moins intellectuelles est effectivement assez proche de celui d’Extension du domaine de la lutte : Michel Houellebecq est un ami pour qui j’ai la plus grande admiration ; mais vous faites bien de souligner que le ton reste plus léger, moins définitivement noir. Comme je l’ai expliqué dans une autre réponse, j’aime bien que mes héros manifestent une sorte de bonne volonté dans leurs mésaventures, une espèce de candeur dans l’adversité. Par ce moyen, j’espère, le comique reste présent même dans les enchaînements kafkaïens.
J’aime le roman! Je peux m'identifier au narrateur. L’année dernière, j’ai perdu mon téléphone mobile. J’ai été complètement perdue ! Tous mes numéros étaient dans le téléphone. Mon numéro de téléphone était le seul numéro que je connaissais. J’ai eu la même émotion (perdue) quand je n’avais plus l’internet. Aujourd’hui le monde (particulièrement à l'université) est réglé par la technologie. La technologie est vraiment importante. A l'université, il y a des cours sur internet. C’est incroyable !! Aussi, quand j’ai téléphoné à la pharmacie j'étais très ennuyée parce que je ne pouvais pas parler à une vraie personne. Le narrateur a le même problème avec la compagnie de téléphone. Il y avait beaucoup de numéros à pousser avant qu'il puisse parler à une vraie personne ! C’est vrai que la technologie est bonne, mais quelquefois, je souhaiterais que la vie soit plus simple sans technologie.
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 8:02 AM
Le labyrinthe dans lequel il a progressé pour enfin parler avec l'opératrice est une image qui est restée dans ma tête après que j'aie refermé le livre. A mon avis, le labyrinthe a diminué le protagoniste, il n'était plus alors un homme capable d'accomplir ses affaires, mais il était rendu dépendant du système technologique. Il était comme un petit garçon, et le service clientèle ses parents. Cela me faisait penser à un article que j'ai lu dans le journal « The New York Times » qui avait le titre en accord avec « Qui est le prochain Einstein ? » Dans le Passé les découvertes scientifiques se faisaient sans ordinateur, calculatrice ou les gadgets de haute technologie qui font la plupart du travail, des calculs, équations etcetera. Les personnes comme Einstein, Bohr ou Lorentz qui ont fait des découvertes qui ont changé la science, les découvertes sans toute la technologie avancée.
Aujourd'hui il n'y a aucune personne qui fait des recherches aussi importantes, et maintenant nous avons plus de technologie ! Nous sommes devenus moins capables, de plus en plus dépendant de l'ordinateur, la calculatrice, donc nous sommes devenus des cyborgs parce qu'il est impossible que le monde puisse fonctionner sans ces trucs. Il s'agit maintenant d'une extension de notre corps. Parfois nous calculons 2+2 sur la calculatrice sans la réalisation que nous avons fait juste, les mathématiques simples que nous sommes complètement capable de faire dans nos têtes. C'est incroyable comment les personnes, comme le protagoniste dans « Service Clientèle » sont incapables de fonctionner sans la technologie une fois qu'ils entrent dans leur routine. Vous pouvez sortir de la maison sans votre portable ? Ecrire des devoirs sans l'Internet, ou même utiliser une connexion lente ? Difficile de le penser. Enfin j'étais bien amusée par ce livre, une histoire à laquelle nous pouvons tous nous identifier.
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:36 AM This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 11:30 AM
Service Clientèle a bien commencé mais vers la fin j?étais déçu. J?ai pensé au début que le roman était très drôle parce que j?avais eu des expériences similaires moi-même avec le service clientèle aux Etats-Unis et en France, mais elles étaient pires en France. Je me souviens bien quand j?ai déménagé à Marseille de Saint-Giniez au troisième, j?ai dû changer mon adresse avec Crédit Lyonnais donc je l?ai changée. J?ai pensé que je recevrais mes lettres chez moi dans le troisième et c?était exactement ce qui s?est passé mais si j?avais voulu gérer mon compte bancaire au Crédit Lyonnais dans le troisième c?était impossible. Il fallait gérer mon compte bancaire à l?agence de Saint-Giniez. À mon avis, c?était complètement stupide. Chaque fois que je voulais gérer mon compte je devais traverser tout Marseille même si les deux agences sont de la même entreprise et il ne faut même pas penser à appeler le service clientèle totalement inefficace parce que ça coûtait cher et ils m?ont dirigé vers ma propre agence à Saint-Giniez. Quand j?ai lu ce roman je me suis souvenu de ma colère ce jour là quand je me suis disputé avec mon agence dans le troisième. Néanmoins, j?ai encore un compte bancaire au Crédit Lyonnais parce que je n?ai jamais pu le fermer.
Le narrateur s'est trouvé lui-même perdu dans un labyrinthe technologique où personne ne peut l?aider. La vie n?était pas trop difficile quand le narrateur n?avait pas les problèmes technologiques mais à partir du moment où il a dû téléphoner au service clientèle il a découvert un monde sans réponses et sans aide. Il reçoit souvent les offres et les promotions pour rejoindre les entreprises qui disent qu'elles sont meilleures mais après-vente la service diminue drastiquement.
Ce roman a commencé très fort mais vers la fin j'ai un peu perdu de mon intérêt parce qu?il m?a semblé changer de la réalité avec l?incroyable journée de ski pour les clients avec 50,000 points de fidélité. A ce moment-là j?étais déçu parce que ce n?était pas croyable. Le roman a changé d?un compte-rendu de la vie actuelle à un roman de surréalité qui ne me plaît pas. Si Dominique Delmare était moins mystérieuse et plus réelle j?aurais plus aimé le roman.
Pourquoi avez-vous choisi de créer le personnage Dominique Delmare avec l?aspect mystérieux ?
Service Clientèle a bien commencé mais vers la fin j'étais déçu. J'ai pensé au début que le roman était très drôle parce que j'avais eu des expériences similaires moi-même avec le service clientèle aux Etats-Unis et en France, mais elles étaient pires en France. Je me souviens bien quand j'ai déménagé à Marseille de Saint-Giniez au troisième, j'ai dû changer mon adresse avec Crédit Lyonnais donc je l?ai changée. J'ai pensé que je recevrais mes lettres chez moi dans le troisième et c'était exactement ce qui s'est passé mais si j'avais voulu gérer mon compte bancaire au Crédit Lyonnais dans le troisième c'était impossible. Il fallait gérer mon compte bancaire à l'agence de Saint-Giniez. À mon avis, c'était complètement stupide. Chaque fois que je voulais gérer mon compte je devais traverser tout Marseille même si les deux agences sont de la même entreprise et il ne faut même pas penser à appeler le service clientèle totalement inefficace parce que ça coûtait cher et ils m'ont dirigé vers ma propre agence à Saint-Giniez. Quand j'ai lu ce roman je me suis souvenu de ma colère ce jour là quand je me suis disputé avec mon agence dans le troisième. Néanmoins, j'ai encore un compte bancaire au Crédit Lyonnais parce que je n'ai jamais pu le fermer.
Le narrateur s'est trouvé lui-même perdu dans un labyrinthe technologique où personne ne peut l'aider. La vie n'était pas trop difficile quand le narrateur n'avait pas les problèmes technologiques mais à partir du moment où il a dû téléphoner au service clientèle il a découvert un monde sans réponses et sans aide. Il reçoit souvent les offres et les promotions pour rejoindre les entreprises qui disent qu'elles sont meilleures mais après-vente la service diminue drastiquement.
Ce roman a commencé très fort mais vers la fin j'ai un peu perdu de mon intérêt parce qu'il m'a semblé changer de la réalité avec l'incroyable journée de ski pour les clients avec 50,000 points de fidélité. A ce moment-là j'étais déçu parce que ce n'était pas croyable. Le roman a changé d'un compte-rendu de la vie actuelle à un roman de surréalité qui ne me plaît pas. Si Dominique Delmare était moins mystérieuse et plus réelle j'aurais plus aimé le roman.
Pourquoi avez-vous choisi de créer le personnage Dominique Delmare avec l'aspect mystérieux ?
This message has been edited by adurand on Mar 24, 2005 12:06 PM
Je crois que le narrateur a un aspect mystérieux du fait qu’il a perdu son portable et qu’il n’a pas voulu le remplacer et que ceci a été le motif de tout le roman. Lorsque j’avais vu la couverture du livre avec cinq ou six téléphones portables superposés et que dès le début il avait perdu son portable, j’avais cru qu’il allait en avoir d’autres, et avoir des problèmes, et ceci m’avait motivé à lire le roman. Mais ceci n’a pas été le cas, mais par contre, j’ai personnellement aimé le début car tout était réel, il a perdu un cadeau offert par ses parents etc. Mais à la fin je m’ennuie un peu et tout devient mystérieux surtout Dominique, la manière dont les choses se déroulent. Je crois que l’auteur a fait un beau travail sur le plan de la technologie. Il a impliqué les téléphones portables, les machines qui nous parlent au téléphone, les ordinateurs avec le petit qui donnait des cours au narrateur, je ne sais pas si l’auteur l’avait fait exprès mais je pense qu’il fait un bon travail en réunissant dans un roman tous les outils technologiques dont nous avons besoin pour fonctionner actuellement. Nous avons besoin de ces machines qui en ce moment dirigent le monde et c’est même la raison pour laquelle le narrateur prenait des cours avec le petit pour se rattraper. En général je dirais que le roman est un bon exemple du « non-lieu » mais à mon avis il n’y a pas d’histoire dans ce roman.
This message has been edited by adurand on Mar 29, 2005 8:42 PM
J'ai beaucoup aimé "Service Clientèle." Comme plusieurs de mes camarades de classe, j'ai parfois un sentiment de frustration à cause d'un ordinateur en panne, donc je peux m'identifier au narrateur. J'aime bien le style de l'écriture et en particulier l'emploi de personnification des machines. "L'ordinateur me regardait, butté, et j'eus bientôt l'impression qu'il jouait avec mes nerfs. On aurait dit cela l'amusait, certains jours." (p.48) "Avec sa froide insolence, le PC répondait..." (p.49)
Comme Angela Wyche, j'ai aussi remarqué le thème de l'isolement dans ce roman. Le narrateur n'a pas de copains, pas de femme, pas d'enfants, pas d'amie. comme journaliste il est souvent en déplacement. Même quand il est en vacances, il va tout seul au Canada. Donc, je trouve qu'il y a une similarité avec "L'Extension du Domaine de la Lutte" à cet égard, bien que le ton de ce roman soit beaucoup "plus léger" comme disait l'auteur, et que le narrateur ne soit pas un dépressif comme chez Houellebecq. Au contraire, il a l'air tout à fait normal. Il est sympa. C'est pour cette raison que je suis curieuse de savoir pourquoi il est toujours seul?
Finalement, je trouve qu'il y a une espèce de "panoptique" dans ce roman puisque le narrateur ne sait pas si quelqu'un a vraiment lu sa lettre. Il ne sait pas si Dominique Delmare existe, tandis que la Cogeca possède énormément de renseignements sur lui, jusqu'au point où Dominique télécharge sa voix, enregistrée à son insu quand it parlait au service clientèle. Grâce aux ordinateurs, aux bases de données, à l'Internet et à l'avidité des sociétés, aujourd'hui nous vivons tous dans une espèce de panoptique.
This message has been edited by adurand on Mar 30, 2005 8:11 AM