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A. Garréta, Sphinx

March 6 2005 at 8:36 AM
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Discussion du roman d'Anne Garréta, Sphinx, à partir du 27 mars 2005.

 
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Patrick Sharkey
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Re: A. Garréta, Sphinx

March 26 2005, 2:01 PM 

Le roman « Sphinx » par Anne Garréta est très intéressant à cause de l’ambiguïté de la sexualité du narrateur/narratrice et son amour. C’est cet effet qui fait du roman une histoire de non-lieux, je trouve. Lorsqu'on voit les deux comme asexués on peut faire l’analogie entre les deux et cette idée du cyborg dont on a discuté en classe. Pour renforcer cette idée le narrateur (-trice) travaille comme DJ dans une boîte qui s’appelle « l’Apocryphe ». Dans cette boîte il/elle est un vrai cyborg. En plus son prédécesseur quand il est mort est jeté comme un petit robot de jouet qui est cassé ou comme pilules qui sont épuisées. Il/elle parle de son emploi comme il/elle est seulement une extension de ses machines sonores. Plus intéressant pour moi est la manière dans laquelle le narrateur (-trice) voit les visites du Padre et George quand il/elle travaille. Il/elle dit que « Dans cette cage de verre, une visite prenait des allures d’invasion ». Via cette phrase on peut bien voir que le narrateur (-trice) joue un rôle très différent dans la boîte en comparaison avec la reste de sa vie.


    
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Pascale Acocella
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Réflexions sur Sphinx Anne Garreta

March 27 2005, 10:49 PM 

Ma première impression en lisant ce livre est que j’avais du mal à rentrer dans l’histoire qui ne me semblait être d’un premier abord qu’une histoire d’amour un peu frivole entre le narrateur et A*** dans un décor tout aussi frivole que représente le monde du spectacle. On ne sait pas grand chose sur leur couple – je pencherais plus sur le fait que le narrateur et son compagnon A*** soient tous deux de sexe masculin – sur leur vie si ce n’est qu’ils évoluent tous les deux dans les cabarets de Paris, l’un en tant que spectateur des autres – pas du spectacle - l’autre en tant que danseur. Ce décor de clubs privés lors de soirées nocturnes où se dégage une certaine ivresse à travers la danse, le mouvement du corps, la foule anonyme, la musique, la lumière des projecteurs, le jeu des miroirs crée une ambiance superficielle, irréelle comme dans un rêve : “Je me ruais à la poursuite d’une image : celle de voilures inquiètes qui se désancrent comme bateau fantôme sur mer d’huile, dérivent, s’englacent, décollent à l’injonction d’imperceptibles alizés, baladent une peine infinie aux quatre coins de la scène.” (P17) Sur fond de mer bleue au calme apparent se dessinent au large tous les drames humains. Monde de paillettes, d’artifice invitant à la mélancolie : “… cette atmosphère d’exil entre des murs bleus maculés d’empreintes de mains sales me mena au plus près de ce sentiment vénéneux, si difficile à isoler : le spleen.” (P18) On a l’impression que ce monde n’existe pas, que c’est une image que le narrateur regarde et observe. Or le regard voilé des autres renvoie à sa propre image. Le narrateur semble être en fuite de lui-même de même qu’en quête de lui-même. Les miroirs qui recouvrent les murs des cabarets et qui renvoient de multiples images du corps font penser aux différentes épaisseurs de l’âme. Who is the real you? C’est ce que le narrateur essaie en vain de trouver pour lui-même: ses aspirations, ses idéaux, sa conception de la vie, de l’amour, l’amour qui défie toute convention, l’amour qui choque : “Peau noire, peau blanche : les apparences étaient contre nous, notre intimité contrevenait à ce constat de bons sens qui veut que ce qui se ressemble s’assemble.” (P76) Sa recherche de soi le pousse à remettre en question les idées reçues de son éducation religieuse catholique, ce moule de pensées dont il est difficile de se démettre : “Corsetés de morale bien-pensante, ils en viennent à ne plus penser, reculant dès que la question vient battre trop furieusement les flancs de leurs certitudes fortifiées.” (P30) Et puis inexorablement il y a “la Chute” ou la peur de la perte de l’amour, la trahison : “L’étrange sensation de se sentir toujours au bord affreux de quelque imminente rupture… …. sorte d’ivresse amère de lente solitude, tendance inéluctable au désenchantement final de toute idylle.” (P160) L’amour quand il nous tient et l'inéluctable destin dont on ne peut aller contre : “Dans l’éloignement du monde, j’épuisais mon destin, cette malédiction d’en savoir l’infamie et de ne pouvoir me laisser aller à lui cracher à la face.” (P162) Après la mort de A*** son amant et de la mort de la mère de “celui-ci”, le narrateur semble avoir touché son destin : “Tout ce qui pour moi avait sens s’était retiré sans que je fusse capable de le retenir.” (P217) Futilité de la vie puisqu’il y a la mort. La vie comme l’amour est éphémère. Tout passe. Ou alors faudrait-il être un sphinx car “un sphinx ne peut jamais mourir. Je voudrais pouvoir être un sphinx silencieux éternellement.” (P117)

 
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L'identité sexuelle

March 29 2005, 8:06 AM 

L’identité d’une personne dans le monde d’aujourd’hui est premièrement leur sexualité— homme ou femme. C’est le premier détail quand nous décrivons quelqu’un. Notre société place beaucoup d’importance à l’identité sexuelle, les personnes comme « trans-gender-ed , » « bisexuelle, » « homosexuelle » ou ceux qui ne sont pas identifiés à un genre sont bannis à la périphérie de la société. Ce roman d'Anne Garréta montre notre obsession à placer un label, homme ou femme, sur une personne. Qui n’a pas cherché constamment pour un mot, un seul "e", une phrase qui faisait allusion à la sexualité des protagonistes ?

Je trouve que l’effet des personnes sans identité sexuelle rend le roman un peu détaché parce que tout le temps j’ai cherché leurs identités, en fait cela prouve l’obsession sociale. Pour moi, quand j’ai refermé le livre, je n'avais pas un sens de relation avec les personnages, pas comme dans Service Clientèle, quand je pouvais me connecter au protagoniste et à ses luttes, c’est plutôt un livre pour provoquer les lignes de la société, pas pour vraiment exprimer une histoire. Enfin, le roman encourage les lecteurs à s'ouvrir l'esprit à d'autres aspects personnels autour de l’identification sexuelle pour rendre une personne complète, que d’être femme ou homme n’est pas la seule chose qui fait une personne définitivement.


    
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Julia Sullivan
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Re: L'identité sexuelle

March 30 2005, 2:10 PM 

L’ambiguïté de la sexualité dans le roman était très bizarre. Normalement la sexualité est la première caractéristique que les lecteurs apprennent dans un roman. Mais ce n’est pas vrai dans Sphinx. Pour la plupart, je pense que le narrateur était une femme et A*** était un homme. Je ne sais pas pourquoi. Mais après quelque temps, je pense le contraire. C’est très difficile pour moi de me concentrer sur l’histoire parce que je ne savais pas le sexe des deux personnages. Je pense que Gabrielle a raison quand elle dit, « L’identité d’une personne dans le monde d’aujourd’hui est premièrement leur sexualité.»

Aussi, c’est vrai que j’ai été très confuse avec la sexualité, mais, aussi il y a une atmosphère de chaos et confusion dans le roman. Par exemple, les personnages (le narrateur, le Padre) dans le roman allaient à un club. Il y avait la musique forte, lumières faibles et un homme, Michel, qui meurt à cause de l'héroïne. L’événement avec Michel était chaotique. Michel est mort. Le cadavre était là. Le Padre a récité les prières. Le narrateur ne savait pas quoi faire. Et Les lumières et la musique continuaient ! Anne Garreta fait une scène vivante avec beaucoup de détails.


    
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En ajoutant à ce que Gabriele a composé...

March 30 2005, 5:55 PM 

Je suis d'accord avec l'idée que quand on ferme le livre on n'a aucun sens de connection avec les personnages principaux. Avec celle-ci, j'ajoute que comme les humains dans ce monde technologique nous partageons la même difficulté de nous "découvrir". Je trouve cette difficulté une base de tous les romans que nous avons déjà lu et en effet par cette difficulté nous avons une certaine connection avec les personnages principaux, même si on ne peut jamais comprendre leurs pensées ou choix de vie.

Autrement cet espace de découverte fait quitter le genre du non-lieu et son thème de la solitude. Mais... je pense que la solitude est une désillusion personnelle parce que comme j'ai mentionné au-dessus, à un certain point, nous partageons les mêmes difficultés, simplement de genres différents.


    
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Sphinx

March 30 2005, 7:04 AM 

C'était qui??? Moi, J'avais la même impression que Gabrielle Murphy. En lisant le roman, j'étais trop distraite avec la question du sexe du protaganiste que je ne pouvais pas m'identifer avec les personnages. En fait, j'ai commencé à croire que le protagoniste était un homme et A*** était une femme. Après avoir pris cette décision, c'était plus facile à lire. Je ne pouvais pas imgaginer A*** comme un homme. Je ne suis pas vraiment certaine pourquoi.

Il me semble que le narrateur cherchait l'importance dans sa vie, sa vraie indentité. Il/elle a choisi A*** parce qu'il/elle était son contraire. Il y a les références aux miroirs et ce qu'on voit dans le miroir. Peut-être il/elle a pensé que quand il/elle regardait A***, il/elle verrait son propre reflet, ce qu'il/elle voulait être.

Bien que l'absence de genre du protagoniste m'ait énervé, ce style était très efficace en montrant le manque d'identité de ces personnages. Comme Gabrielle a écrit, la sexualité d'une personne est la première chose qu'on remarque, et on forme son opinion de cette personne en se basant sur ce fait. Les enfants commencent à l'âge de 4 ans à s'indentifier avec leur propre sexe et leur sexualité influence énormement la façon dans laquelle ils voient le monde et eux-mêmes. Sans cette information, nous sommes laissés égarés, sans ce lien fondamental.


    
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Tyler Kane
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L'identité

March 30 2005, 1:52 PM 

J’aime beaucoup ce livre. Le complot est attirant et les personnages du narrateur et de A*** sont complexes et mystérieux.

Ce livre est plein d’exemples de “non-personnes” et de “non lieux.” Ce qui m’a intéressé le plus sont les plusieurs instances quand l’identité est obscure et cachée. Au commencement, nous faisons la connaissance des femmes qui dansent dans les cabarets. Avant chaque performance elles se maquillent. Le narrateur décrit ce procès de transformation en disant: “ Dans cette exhibition vivante, jouer les passagers clandestins, les fantômes d’après clôturé me désenchanta des antiques” (23). Il remarque comment les identités des femmes sont cachées derrière leur maquillage et que chaque femme devient quelqu’un d’autre.

Nous voyons ce changement et obscurément d’identité par les miroirs aussi. Nous voyons la présence des miroirs plusieurs fois dans le livre. La boîte l’Apocryphe, nous voyons que les miroirs créent les illusions dans les dimensions et dans les corps des personnes, tout en créant en effet énigmatique du lieu (36). Ces miroirs changent et déforment les personnes donc on ne sait pas ce qui est réel et ce qui est une illusion. A la page 146, quand les relations entre A*** et le narrateur se troublent, A*** lui demande “Comment tu me vois, hein?” A cette question il répond lui-même “Je te vois dans un miroir.” Encore, nous voyons que A*** est une énigme et que peut-être le narrateur ne comprend pas ce qui en elle représente la réalité et ce qui est la fantaisie. Finalement, après sa mort, le narrateur est dans la loge avec son cadavre et il la regarde dans le miroir qui est sur la table de maquillage, et il voit une illusion d’elle. C’est clair que le temps entier le narrateur avait des difficultés à comprendre son identité parce qu’il était caché sous son personnage de scène. Ca c’est marqué par les symboles du miroir et du maquillage. Peut-être aussi elle s’est cachée son identité parce qu’elle ne voulait pas être vulnérable à l’extérieur. A ce moment, on se demande si peut-être elle ne connaît pas sa propre identité?



    
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Re

March 30 2005, 2:31 PM 

Quand j’ai commencé à lire le roman, j’étais vraiment préoccupée à essayer de trouver un genre pour je et A***. Mais après quelques pages, le genre du personnage ne m’intéressait plus. Je pense qu’Anne Garreta veut que les lecteurs s’engagent dans la lecture du roman. En même temps elle a forcé la question de la sexualité. Si elle avait choisi un genre pour chaque personnage alors toutes les notions préconçues de ce qui est masculin ou féminin continueraient à être acceptées par le lecteur. Mais à cause de l'ambiguïté, nous les lecteurs commençon à vraiment interroger ce qui identifie une personne en tant que femme, homme ou n’importe quoi. À la fin du roman j'ai eu plusieurs questions. Que fait un genre ? La différence entre un homme et une femme est-elle simplement basée sur la biologie ? Ce qu’on accepte comme caractéristiques féminines et masculines sont-elles simplement des contraintes sociales ? Est-ce que c'est le type de monde que nous devons attendre avec intérêt, car nous approchons de la mondialisation, où l’individualité n’existe plus, où chacun n'est ni l'un ni l'autre, féminin ou masculin, simplement Je et Lui ? Le fait que le roman a été écrit sans n'importe quelle indication de genre pour Je et A*** est impressionnant et devrait être recommandé. Cependant pour moi ce qui rend ce roman différent des autres est qu'il met en évidence un problème intemporel, celui de la sexualité, et force le lecteur à remettre en cause ses propres définitions de sexualité.


    
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Sphinx

March 30 2005, 3:32 PM 

Sphinx est un roman original. C'est une histoire d'amour mystérieuse, passionnante et tragique. Le mystère est sur l'identité sexuelle préjugée par nous les lecteurs. Gabrielle a mentionné qu'on vit dans une société où tout le monde a une obsession avec l'identité sexuelle. La curiosité avec l'identité sexuelle du narrateur et A*** force le lecteur à l'imaginer. Je me demande toujours pourquoi Anne Garréta a refusé de révéler l'identité sexuelle du narrateur et A***, est-ce que l'auteur pense que l'apparence n'est pas importante? Ca fait aussi penser à la discussion en classe du « cyborg » dans le sens que l'identité sexuelle et individuelle « parce qu'on ne sait pas le nom du narrateur et A*** » n?existe plus, et l'importance est placée sur les caractères et comportements des gens. J'ai pensé que le thème de ce roman est l'identité. On connaît l'identité du narrateur, son caractère, comportement et ses sentiments surtout pour A***.


    
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Stacey Haag
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Sphinx

March 30 2005, 4:27 PM 

L'ambiguïté des personnages principaux me distrait beaucoup en lisant ce roman. J'ai passé le temps à chercher des passages pour l'évidence de la sexualité d?un des personnages. S'il faut deviner, je voulais dire que A*** est une femme et le narrateur/trice est un homme. Je ne peux pas imaginer A*** comme un homme. Je ne sais pas pourquoi.

Je pense que l'idée du non-lieu dans ce cas vient de l'état mental du narrateur. Après la mort d'A***, le narrateur est entre deux mondes. La vraie vie (où il travaille comme un cyborg comme DJ), et un monde ou A*** vit. Il/elle est captivé par son omniprésence dans sa vie même quand A*** est mort.


    
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La frustration

May 4 2005, 11:20 AM 

Avant de commencer ce livre, je savais, comme Professor Durand nous a averti, qu'il y a cette ambiguité de genre de ces personnages. Alors, à partir de la première page, j'ai essayé de faire attention de respecter cette ambiguité. Mais, très vite, j'ai eu de la difficulté à maintenir une opinion neutre. Quand je lis, j'aime avoir une image dans ma tête de ce qui se passe dans l'intrigue. J'ai essayé de garder mes images des personnages sans identités spécifiques masculine ou féminine. Mes images étaient comme des "sketches" au crayon avec des personnages neutres comme des poupées en bois utilisées par les artistes pour capturer des positions différentes du corps. Mes efforts n'ont pas duré longtemps. En fait, ça m'a beaucoup enervée que mes images n'étaient ni claires ni complètes. Cette préoccupation a duré jusqu'à la fin du livre, et à cause de ça je n'ai pas aimé le roman.

Quelque chose que j'ai remarqué en lisant c'était que le nom A*** m'a fait penser à un livre que j'ai lu au lycée - Anthem par Ayn Rand. Dans ce livre, les personnages n'ont pas de vrais noms mais des chiffres. Parce que c'est un peu spécial, c'est aussi un peu une distraction. Aussi dans ce livre, les personnages n'ont pas d'identité personnelle - ils fonctionnent comme une partie de la masse. Il y a deux personnages qui s'échappent à la fin et ils font une découverte très importante - l'idée de l'"ego".


    
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Le mystère et la curiosité

March 30 2005, 5:43 PM 

Pour moi, ce roman est très difficile à lire. C'est parce que d'habitude, quand je lis, il y a des petites voix dans ma tête qui jouent les rôles des personnages dans le livre. Pendant que je lisais Sphinx, je ne pouvais pas avoir ces voix; je ne pouvais pas imaginer les personnages principaux. Bien sûr, c'est à cause de l'ambiguité sexuelle du narrateur et A***. On peut dire que cette ambiguité donne le sens du mystère, et elle évoque la curiosité. Mais pour moi, l'ambiguité m'a frustrée. Dans tous les cas, Anne Garréta a vraiment montré comment l'identité sexuelle devenait une chose importante en jugeant un individu. Elle l'a fait en ne donnant pas de genre spécifique aux deux personnages principaux. La première fois que j'ai vu le nom "A***", immédiatement j'ai pensé que c'était une femme. C'est parce que le nom de l'auteur est "Anne", qui va bien avec le nom "A***". Mais, plus tard, ca reste très ambigue, et je crois que personne ne sait la vérité au sujet des genres de ces deux personnages. "Sphinx" est un livre bizarre, et je l'aime. Mais, l'ambiguité m'a énervé parce que je préfère connaître le genre des personnages.


    
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Anne Garréta
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Un tour d'ironie supplémentaire (11 avril 2001)

April 5 2005, 11:23 AM 

Je ne devrais peut-être pas intervenir. En tout cas, je ne voudrais pas, parce que je suis l'auteur du roman, que ce que je vais dire achève ou close la discussion sur ce point.

Il me semble que les deux positions: la focalisation sur la suspension du genre et donc sa mise en exergue paradoxale d'une part, et la conclusion de neutralité, bref, d'indifférence au genre, la déclaration de son inessentialité à des questions aussi centrales que la vie, l'aour, la souffrance d'autre part... Il me semble que ces deux positions sont au moins aussi suspendues que le genre lui-même, et que le roman est de ce point de vue ambigu ou paradoxal sur la valeur à accorder à l'ambiguité des identités sexuelles.

Vous me direz: voilà un des tours caractéristiques de la forme d'herméneutique connue sous le nom de déconstruction. Oui, j'admets. Et c'est bien là un des points.

J'ajouterai ceci, qui est sans valeur pour l'interprétation, mais peut-être révélateur de quelque chose de l'époque où je l'ai écrit (une époque dont je ne suis pas sûre que l'on soit encore sorti): quand je l'ai écrit, (et aujourd'hui encore je l'entends ainsi) je voulais à la fois pointer la prégnance dans nos habitudes mentales, sociales de la catégorie du genre (le fait que notre univers est saturé d'index de l'identité sexuelle des sujets qui y habitent, et non seulement des sujets, mais de tous les objets, pratiques, phénomènes...) et indiquer que l'on pouvait concevoir un univers où cette question obsessionnelle, cette assignation obsessionnelle de la culture n'aurait pas cours. Bref que le genre, même s'il sature nos perceptions, nos classifications, nos catégorisations, nos interprétations, n'est pas une catégorie nécessaire, transcendantale, mais une propriété contingente des êtres, et beaucoup plus contingente que d'autres choses (comme le fait par exemple d'être mortel, comme le fait de désirer, le fait de chercher à comprendre...).

Et vous noterez peut-être ici combien je vais à l'encontre de l'orthodoxie psychanalytique qui veut que la différence des sexes soit la racine de l'ordre du désir (justement dans la fable freudo-lacanienne de l'Oedipe -le complexe, qui n'est qu'une nouvelle version du mythe-) et même de l'ordre de l'accès à tout savoir. Cette différence étant elle-même la marque première de la finitude des sujets humains (déplaçant ainsi ce qui est censé être l'irréprésentable de la finitude, à sa voir la mort).

Et que peut-être, narrer une histoire de ce type, produire une fiction de ce type (histoire d'amour classique, roman d'éducation etc) sans l'arraisonner à des identités sexuelles, sans la passer au filtre a priori de ces catégories-là, permettrait de voir autrement, de voir comme des questions l'histoire d'amour, le roman d'éducation etc.

Dernière remarque: je tiens à remercier (même avec retard) Alain-Philippe Durand pour ce forum, et aussi les participants. C'est assez curieux d'être l'auteur d'un livre et d'apercevoir, comme cela, obliquement, des lecteurs ou lectrices de son texte à leur affaire de lecture, bref, en débat d'interprétations (ce qui est la meilleure chose qui puisse arriver à un livre, et chose plus troublante que les compte-rendus dans les journaux qui rarement débattent de quoi que ce soit).


 
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Anne Garréta
(Entrer adurand)
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Message du 27 avril 2001

April 5 2005, 11:24 AM 

Je n'étais pas encore professeur quand j'ai écrit le livre (même si je me préparais à le devenir).

Bien sûr, il s'agissait de provoquer quelque chose chez le lecteur, et quelque chose qui ne soit pas une simple identification fantasmatique des lecteurs avec les personnages, mais qui justement force les lecteurs à prendre une position, à s'interroger.

Les livres ont toujours été de cet ordre pour moi (les livres que j'aime ou qui me restent en mémoire): ce qui force à se déplacer par rapport à ce que l'on croit être le cas, tant de soi que du monde. Et il ne s'agit pas seulement d'une discussion entre le lecteur et le livre, mais qui amène le lecteur au delà du livre, à mettre en jeu, socialement sa lecture.
On ne dispute pas assez, il me semble, de ce qu'on lit avec les autres. La lecture est devenue, historiquement, une affaire de plus en plus privée. Au mieux (ou au pire) elle peut produire des effets d'identifications (les lecteurs de X et les lecteurs de Y communiant dans un culte particulier). La littérature comme religion me parait une affaire assez déplaisante. La littérature comme terrain de discussion une chose beaucoup plus productive.
Ce qui est génial, à mon sens, ce n'est pas tant de pouvoir poser des questions à l'auteur, que d'avoir accès à un espace dans lequel pouvoir articuler des questions en direction du texte, et que d'autres lecteurs, dans cet espace, construisent des réponses.

 
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(Entrer GinnySorrell)

Isolé de l’humanité

April 3 2005, 11:19 PM 

En classe, nous n’avons pas eu le temps de discuter les détails de la quatrième partie du roman. Ce qui m’intéresse est la mort de la mère d’A*** et la réaction du narrateur. Il n’a pas vu ou parlé avec sa mère pendant sept ans, mais quand il lui rend visite il dit: <<mon seul lien au monde était cette main que je tenais>>. Peut être il était isolé du monde par sa vie moderne. Il me semble qu’il a eu des liens au monde au début du roman quand il étudiait la religion. Quand il est devenu disc-jockey son amitié avec le prêtre était plus ou moins terminée. Sa liaison avec A*** était très superficielle; il était plus obsédé par A*** comme une idée que comme une vraie personne avec des idées et des émotions. Le narrateur dit qu'il aide la mère d‘A*** parce qu’elle lui rappelle quelqu’un (A***, je crois) dont il veut s’occuper. Que la ville de naissance de A*** et sa mère étaient pour le narrateur <<le dernier endroit où quelque chose me fût familier>> est la vraie tragédie du roman et du monde techno que le roman a décrit. Il ne peut jamais apaiser après la mort d’A*** parce qu’il n’y a pas de soutien après des tragédies dans le monde moderne de la technologie. Nous devenons toutes seules dans le monde technologique, comme les vagues de personnes qui dansent à l’Apocryphe sans identité.


    
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Non-lieux et la mort

April 5 2005, 12:21 AM 

Je trouve quelques parallèles entre la mort de Michel dans "Sphinx" et celle de l'homme inconnu dans "Extension du Domaine de la Lutte." Ces deux hommes sont morts dans les non-lieux, l'un dans une boîte de nuit et l'autre dans un supermarché. Dans L'Apocryphe les gens continuent à danser sans interruption. Le DJ est remplacé sans heurts comme si rien d'extraordinaire n'était arrivé. Aux Nouvelles Galleries c'était un peu la même chose. Un homme meurt sur le sol et que font les gens? Ils continuent de faire leurs courses. L'auteur achète du pain et du fromage tout en se lamentant du fait qu'il n'avait pas de tire-bouchon.

En plus, les personnes qui aident ces deux victimes ne font pas tout ce qu'elles devraient faire pour eux. Dans "Sphinx" elles n'appellent même pas Police-Secours. Dans "Extension du Domaine de la Lutte" l'infirmière ne fait pas le massage cardiaque. Au contraire, dans ces deux cas, il s'agit plutôt de se débarasser des cadavres. Houellebecq écrit, "Déjà ce n'était plus un homme mais un colis..." Dans le cas de Michel, l'histoire est beaucoup plus triste, plus troublante. "Restait cette solution : se débarrasser d'un cadavre que personne ne viendrait réclamer, et faire passer Michel au nombre des disparus sans laisser de trace. Mais où le caser?" (p. 41) Ils finissent par le jeter dans une fosse septique.

Selon Augé, une des caractéristiques des non-lieux est l'anonymat. D'autres caractéristiques sont la solitude et l'indifférence. Bien qu'il y ait beaucoup de gens dans un non-lieu, chaque personne est complètement seule. "...la coexistence d'individualités distinctes, semblables et indifférentes les unes aux autres." (p.139) On voit bien que tout cela résulte d'une attitude détachée chez Houellebecq et inhumaine chez Garreta. Par contraste, dans un "lieu" il y a une vraie communauté et tout un rituel autour de la mort. Les gens arrêtent de faire leurs activités. On fait l'éloge funèbre. Même si l'on ne connait pas le défunct, on a du respect pour le fait que c'est une vie humaine qui s'éteint, alors que dans les "non-lieux" tout fonctionne "24-7." Rien ne s'arrête jamais. On ne prend pas le temps de la réflexion.



    
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Anne Garréta
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Padre (message du 27 avril 2001)

April 5 2005, 11:21 AM 

Le Padre fonctionne comme une figure de passeur entre deux mondes (une sorte d'Abbé Carlos Herrera mâtiné d'Abbé C. -bref, Balzac plus Bataille), celui du jour (de la théologie claire) et celui de la nuit (l'a-théologie).


 
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Sphinx

April 6 2005, 4:29 PM 

A mon avis, l’ambiguïté dans ce livre est l’aspect le plus intéressant mais en même temps, le plus frustrant. Professeur Durand avait déjà parlé un peu de cette ambiguïté en classe avant que j’ai commencé à lire le livre, donc je savais que je ne trouverais pas le genre des personnages. Mais quand j’ai commencé à lire, je croyais immédiatement que le narrateur était un homme. Et je me suis dit « c’est simple, pourquoi toute cette discussion de la sexualité du narrateur et de A***. » Mais en continuant le livre je trouvais que tous les quelques pages j’ai changé mon avis. C’est incroyable que quelqu’un puisse écrire tout un roman sans révéler le sexe des personnages, et surtout en français, une langue qui s’accorde au masculin et féminin. C’est marrant qu'un simple détail comme le genre d’un personnage puisse être assez frappant. Et sans le savoir, je trouve qu’on ne connaît pas bien les personnages, même si on nous donne tous leurs autres détails. Cette ambiguïté va très bien avec le chaos du livre.


    
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Tyler Kane
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La sexualité v. le racisme

April 9 2005, 8:24 AM 

En classe, nous avons discuté la possibilité qu’un des buts en ayant le personnage principal qui est sans genre (neutre), est pour que les lecteurs puissent penser d'une manièr plus ouverte où on ne fait pas des stéréotypes au sujet du genre. Je dirais que dans quelque sens, c’est vrai que dans notre monde moderne, c’est beaucoup plus acceptable pour les hommes et les femmes d’être similaires- en pensées, en vêtements, en sports...etc. Aussi, ce livre peut garder la possibilité que notre personnage principal est un homosexuel; une préférence et un mode de vie qui est beaucoup plus accepté dans notre société aujourd’hui. Mais, si c’est la manière dans laquelle on veut prendre le sens du livre, pourquoi est-ce que le racisme reste l'un des conflits centraux dans le livre? Est-ce que vous pensez que notre monde est plus avancé dans son acceptation du genre homogène et de l'homosexualité que son acceptation des races et des ethnies différentes? Ma seule reponse à cette question est que peut-être les Français ont des inquiétudes maintenant avec les immigrés qui viennent pour habiter en France et donc commencent à changer la culture traditionnelle de la France.


    
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RE: Tyler Kane

April 9 2005, 8:08 PM 

Je pense que c’est un aspect du roman que nous n'avons pas eu la chance de discuter en classe, Tyler c’est bien que vous l'ayez mentionné. La question d’acceptation, j’ai peut être une explication basée sur les actions dans le roman, peut être qu'il est plus facile d'accepter des différences que vous ne pouvez pas voir. Par exemple, il serait vraiment difficile d'être sexiste si vous ne pouviez pas faire la différence entre les genres. Mais des ethnies différentes ne sont pas aussi facilement brouillées, donc ça rend le racisme plus dur à arrêter. Je pense que le racisme était quelque chose sur laquelle Anne Garréta a voulu attirer l'attention dans ce roman. Les Français s’inquiètent des immigrés, je pense que c’est le cas presque partout où il y a du chômage.


    
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jean-philippe shulman
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Sphinx

April 11 2005, 12:07 AM 

La question qui est dans la tête de tout le monde est évidemment quelle est le genre des personnages principaux? Je veux savoir moi aussi, mais je pense que c’est une question qui ne trouverait pas de réponse. Donc je vais plutôt passer mon temps à poser d'autres questions. L'une de ces questions est pourquoi est-ce que cela se passe comme ça (les personnages sans genre)? La seule réponse à laquelle je peux penser est pour nous faire poser des questions sur la société générale. Je veux dire que Sphinx nous aide à réaliser que nous donnons beaucoup de stéréotypes même au niveau du genre. Par exemple si on voit quelqu’un de derrière avec des cheveux longs, on pense (la plupart du temps) que c’est une femme.

Un problème que j’avais avec ce livre était qu’après qu'on réalise que les personnages du roman n'ont pas de genre, on a une histoire qui est un peu faible.


    
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