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F. Bon, Autoroute

March 24 2005 at 12:08 PM
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Discussion du roman de François Bon, Autoroute, à partir du 3 avril 2005.

 
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Ready

April 2 2005, 3:34 AM 

Suis prêt à vous lire (en même temps que je télécharge magnifique séquence <"http://djmonstermo.blogspot.com/2005/02/bob-dylan-and-johnny-cash.html" >
- formidable, vraiment)

j'ai aussi découvert votre discussion sur film Fabrice Cazeneuve "de gré ou de force" et lui ai transmis l'adresse

et révisé ma page sur "http://www.tierslivre.net/livres/autoroute.html"

cordialement

F


    
This message has been edited by adurand on Apr 4, 2005 12:37 AM


 
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L'envahissement du bruit dans l'autoroute

April 4 2005, 10:58 AM 

Je crois que ce livre est intéresant parce que M. Bon montre un aspect de la vie auquel les gens ne font pas attention. Je suis d'accord avec Phillipe que c'est vrai que nous traversons les mêmes autoroutes chaque jour mais on ne s'arrête pas pour en savoir plus sur l'autoroute. En même temps, on doit penser au fait que les personnages de ce livre qui sont allés dans ce voyage et veulent filmer les lieux qu'ils traversent, ils ont du temps pour faire ça. Les gens qu'ils ont rencontré pendant le voyage sont des gens qui sont en train d'aller vers une destination. Je crois que M. Bon a fait un bon travail d'évoquer l'idée qu'à cause des distractions autour de nous, il y a des moments où on ne peut pas s'arrêter et prêter attention.

L'envahissement des camions, des bruits, des personnes, des bâtiments, etc. qui sont présentés dans ce livre crée une grande difficulté pour la concentration d'un lieu qui est tout à fait là (l'autoroute). Quand je suis en train de lire le roman, c'était dificile pour moi de me concentrer dans la lecture parce que dans chaque chapitre, on a quelque chose de nouveau qui se passe et en même temps il y a une sorte d'envahissement de bruit ou technologie qui est décrit dans le roman qui s'occupe d'attirer l'attention du lecteur plutot que l'intrigue même. Aussi, je crois qu'il y a un aspect de réduction d'espace; peut-être une sorte d'unification/mondialisation parce qu'il y a différentes ethnicités et langues représentées dans ce livre mais l'attention est réduite et se concentre sur une seule chose, l'autoroute.

Je sais que M. Bon avait mentionné les écrivains Blaise Cendrars et Arthur Rimbaud dans le roman. Cendrars était connu pour avoir été influencé par l'avant-garde et il a utilisé un style d'écriture comme le récit de voyage pour ces oeuvres, bien qu'il ait voyagé extensivement pendant sa vie. Rimbaud joue beaucoup avec le symbolisme et les images dans ses oeuvres aussi. Est-ce que et comment ces écrivains ont influencé votre roman?


    
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bruit

April 5 2005, 12:25 AM 

j'aime bien cette réflexion sur le bruit, parce qu'elle vaut à deux niveaux:

d'abord pour l'intensité sonore - il n'y a plus de silence dans les villes, la musique amplifiée s'établit aussi avec des rugissements que les précédentes générations ne connaissaient pas - et le bruit de fond des moteurs, comme dans Pylône de Faulkner, conditionne l'écriture

mais aussi le bruit en tant que bruit parasite, la façon dont les objets "technologiques" s'interposent entre nous et l'usage simple du monde, les distributeurs, les signes et les machines

et ce "bruit" aussi, même si c'est la présence silencieuse des objets de pacotille à vendre dans une station-service, il faut le retourner au profit du récit

pour les "influences", soyons modestes: Autoroute, commande pour une collection de fiction jeunesse, ne prétend nulle part au lyrisme

il y a certaines techniques de Cendrars qui sont importantes: chaque phrase s'énonce depuis le lieu où parle le narrateur, et si le narrateur est en translation, en déplacement, le récit discontinu, en mutlipliant comme des diapositives prises depuis cette translation, donnera à son tour l'idée de déplacement

et Rimbaud, techniquement, a inventé le zoom et la variation de largeur focale, du moins en a permis l'usage jusque dans les coupes d'un seul paragraphe

le livre essentiel, pour nos déplacements de repères, c'est Espèces d'Espaces de Georges Perec

non pas comme "influence", mais parce que la pensée neuve qu'il permet sur la structure de la ville, sur nos déplacements dans la ville, on peut le transposer et le mettre à l'épreuve dans ces "lieux" (oui, l'autoroute est un lieu, un grand rectangle très long construit sur la terre, et lieu social aussi en tant qu'il rassemble pour un temps déterminé - continu, même avec des gens différents - une masse arbitraire de personnes) qui ne sont pas l'espace urbain étudié par Perec, mais l'espace inter-urbain, la relation grande ville à grande ville que sont les autoroutes

travail bien modeste, et l'artisanat du récit, c'est faire en sorte qu'on puisse le lire ensuite avec plaisir, et voilà, ça s'arrête là - je n'ai jamais mis ce livre sur le même plan que d'autres, publiés hors collections jeunesse

s'il permet d'introduire à quelques notions "cotemporaines", dans les techniques de narration, tant mieux

 
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Différent

April 5 2005, 8:51 PM 

Je suis d'accord. La vie en autoroute me rendrait complètement folle. Comme plusieurs gens, je n'observe pas les détails de la rue et généralement des non-lieux parce que je pense seulement à la destination et aux ennuis de la route.

Ce roman est une description complète des non-lieux. La présentation des non-lieux est directe et ce n'est pas commun l'objet d'un film qui décrit exactement un environement. Comme j'avais observé, pour la plupart de temps, ces types de détails sont supplémentaires et quand on regarde un film, plusieurs détails qu'un environement sont manqués quand peut-être, le réalisateur les a inclue comme commentaire. Après avoir lu ce roman, je peux dire que je reconnais le pouvoir des détails qui se trouvent dans une description et comment les détails peuvent être au centre d'une intrigue elle-même.

Je suis d'accord qu'il était difficile de se concentrer de temps en temps à cause du niveau de détails. Aussi, je trouve qu'un livre avec moins de dialogues et plus de détails est plus difficile à lire en général. Peut-être parce que les descriptions, les observations, et les pensées des personnages sont plus compliquées que des lignes de dialogue qui peuvent raconter une histoire d'une manière plus simplifiée.


    
This message has been edited by adurand on Apr 5, 2005 9:52 PM


 
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Re: l'unification/modialisation

April 6 2005, 4:13 PM 

C’est bon que Heidi a mentionné l’idée de mondialisation dans ce roman parce qu’au début j’ai pensé exactement le contraire ! J’avais trouvé un message un peu anti-mondialiste parce qu’il faisait beaucoup d’attention aux petites choses sur l’autoroute et les personnages dont ils faisaient la connaisance qu’on ignorerait d’habitude. Je me demandais pourquoi est-ce qu’on devrait voir tout le monde et absorber tous les aspects de cultures inconnues quand on peut trouver les choses inconnues directement dehors lui qui sont aussi interessant mais mille fois plus accéssibles ? Mais maintenaint je vois bien que c’était faux. Toutes les expressions d’autres langues et les personnes d'ethnies différentes rendent cette histoire plus qu'un microcosme pour la globalisation. Pour moi, l’histoire montre le côté de la globalisation auquel on ne fait pas assez attention. On parle toujours des effets économiques, etc. Mais ce roman nous redit que c’est important que les cultures différentes se connaissent pour bien se mélanger, sans cela, c’est un mélange unilatéral où une culture domine l’autre.

Sur le sujet des non-lieux, le seul que j’ai trouvé dans ce roman était au début, avant qu’ils ne partent. C’est la seule partie du roman que j’ai trouvée décrite dans un style assez impersonnel. Aprés ça, M. Bon transforme tous les non-lieux typiques en « oui-lieux », comme plusieurs d’autres ont dit.


    
This message has been edited by adurand on Apr 6, 2005 4:55 PM


 
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le chemin aux non-lieux

April 6 2005, 5:56 PM 

L'Autoroute est un bon exemple d'un sujet à propos des non-lieux qu'on a discuté en classe. L'envahissement du bruit apparaît partout dans ce roman. J'ai noté les descriptions du bruit, un bruit qui ne cesse jamais. Il est vrai qu'il devient de plus en plus difficile de trouver un endroit complètement silencieux aujourd'hui. Même si on veut voyager à la campagne, où le silence sera plus possible, d'habitude il faut qu'on conduise sur une autoroute bruyante. L'autoroute lie presque tous les endoits qu'on visite. C'est comme ça que je trouve l'autoroute d'être le lien, la connexion entre tous les non-lieux du monde. En outre, le roman montre qu'on ne peut pas éviter les non-lieux, avec tous les envahissements (du texte, du bruit, etc.). On voit dans le livre toutes les rencontres qui renforcent l'idée que personne ne peut échapper à l'autoroute, et dans quelques cas, l'autoroute est devenue une partie inséparable de la vie. Juste d'avoir l'idée de passer sept jours sur une route montre comment le monde a changé, comment on ne peut pas vivre sans les routes bruyantes. Même maintenant, je peux entendre le bruit des voitures en dehors. On a perdu le silence.


    
This message has been edited by adurand on Apr 7, 2005 9:10 AM


 
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Philip Vieira
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Autoroute

April 2 2005, 5:08 PM 

Autoroute montre bien l’idée de l’ordinaire. Les choses ordinaires dans la vie sont des choses auxquelles on ne pense pas. Elles sont des choses sans signifiance. L’autoroute est un bon exemple de ça. On l’utilise comme si elle était là pour toujours. Le plupart des gens ne croient pas à l’histoire de cet espace – comment il a été construit, qui l’a fait, quand, etc. L’autoroute n’est même pas vue par les voyageurs qui la traversent chaque jour. Mais il y a un monde entier environnant cet espace. Le réalisateur Verne veut capturer ce monde. Il veut montrer les détails et les particularités de ce monde qui sont toujours ignorées. J’aime bien cette idée. Il y a beaucoup dans le monde qu’on ignore. On peut traverser la même rue chaque jour en voiture sans rien voir. Mais, si on se promène dans cette rue on peut découvrir des choses. Les immeubles et les plantes deviennent visibles et on peut rencontrer des gens. En fait, la rue devient moins abstraite et plus réelle. C’est ça que Verne fait pour l’autoroute. Il montre que, autour de ce non-lieu, est un monde plein de personnages uniques et des environnements particuliers. Il donne une signification à ce lieu abstrait et ignoré et en fait une réalité.

J’ai bien aimé le style du roman. L’histoire se passe lentement avec beaucoup de détails. Ça donne une sorte de richesse au livre. Quand j’ai commencé à lire, j’ai pensé immédiatement au genre du « road-trip » qui existe ici aux Etats-Unis où l’intrigue tourne autour d’un voyage du pays. Je pense que le roman On the Road de Jack Kerouac et le film Easy Rider sont des bons exemples. Je veux savoir si l’auteur a été influencé par ce genre ou ces exemples spécifiques. Ou, est-ce qu’il y a de littérature française de ce genre qui a inspiré votre livre ?


    
This message has been edited by adurand on Apr 4, 2005 12:40 AM


 
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Re: Autoroute

April 4 2005, 1:07 AM 

ça me fait toujours bizarre, quand on me dit "style" et "histoire" - c'est 2 catégories qu'on n'utilise plus, nous, au moins depuis quelques textes majeurs comme "L'Ere du soupçon" de Nathalie Sarraute

il y a se coltiner le réel et savoir comment il déforme la phrase et la langue qui le disent, et comment de cet écart ou cet obstacle on peut retrouver le récit, la poétique

il n'y a donc pas d'histoires, plutôt d'abord le dénombrement de "figures", et pour chacun des mini chapitres l'idée était de tester une technique de narration particulière, parce que le livre devait figurer dans une collection de roman pour adolescents, largement utilisée par les enseignants

bien sûr, c'est dans la littérature américaine que nous avons appris le "road movie" littéraire - Kerouac bien entendu, mais j'aime bien aussi "En route pour Gabriola" de Malcolm Lowry

et dans Faulkner le laboratoire où tout cela s'invente, dans Light of August ou Pylone

 
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A la recherche de l'ordinaire...

April 4 2005, 5:01 PM 

M. Bon:

J'aimais bien le fait qu'en cherchant de l'ordinaire on trouvait l'extraordinaire (même si ceci est simplement les aspects humoristiques des caractères humaines!). Le couple à Beaune était une magnifique base pour le reste du livre à l'égard de la description des personnages qui aurait développée, et ce couple était une bonne prédiction du type sorte de personnages qu'on rencontrait. Est-ce que vous avez une raison pour l'ordre des rencontres? Est-ce qu'il y a une signification avec les personnages et les endroits de rendez-vous de Verne et du narrateur?


Merci!


    
This message has been edited by adurand on Apr 5, 2005 10:53 AM


 
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ordre, souvenirs, désordre
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Re: A la recherche de l'ordinaire...

April 6 2005, 12:55 AM 

je ne me souviens plus avec assez de précision de la période d'écriture

j'avais un cahier vert grand format, dans lequel pendant quelques mois j'avais collé à mesure des coupures de presse, des listes de noms propres, et des histoires entendues, recueillies

par exemple l'histoire du couple qui un an après vient rechercher ses alliances c'est venu d'une coupure de presse (dans Le Monde je crois)

pas mal de documentation vient du mensuel France-Routes, un magazine à l'intention des chauffeurs routiers, avec une large place à leur courrier des lecteurs (je crois me souvenir de l'histoire d'un serpent trouvé dans le moteur du camion), des récits de mariage aussi, des surnoms

dans ce magazine, France-Routes, souvent aussi je découpais, pendant plusieurs mois, les paysages photographiques qui me paraissaient des "archétypes" - dans le livre, à un moment, il y a une liste de paysages qui sont uniquement la description de ces photos

à cette époque (quand j'écrivais Autoroute), habitant Tours, je me rendais une fois par semaine à Bordeaux, à 345 kilomètres, parfois en train, mais souvent en voiture - si j'y allais en train, je devais partir la veille et dormir à Bordeaux, tandis qu'en voiture je pouvais partir le matin à 6h, être à la fac de sciences de Bordeaux à 9h, l'après-midi j'intervenais au Centre de jeunes détenus de Bordeaux, et je revenais - c'était des journées bien chargées, bien fatigantes, mais de chez moi je me retrouve sur l'autoroute en quelques minutes, ensuite il y a 3h de conduite (mais j'écoute de la musique, je réfléchis, j'aime bien), et la fac de sciences comme la prison sont aussi juste au bord de l'autoroute, donc je ne voyais jamais la ville de Bordeaux

et chaque mardi soir, quand je repartais, je roulais un peu pour m'éloigner de la prison, toujours angoissante, et je m'arretais dans une aire d'autoroute, toujours la même, pour boire un Coca et me décontracter un peu, je lisais le journal, je restaits 40 ou 45 minutes et puis repartais - comme je l'ai fait souvent, j'ai assisté à pas mal de scènes dans ce bistrot de halte d'autoroute, et pu observer les routiers, ça aussi ça a nourri le livre - les listes d'objets à vendre par exemple

sont aussi venus de la documentation l'idée d'un "entretien" avec un péagier, même si j'ai tout construit ensuite moi-même, je me souviens d'avoir lu un entretien avec cette personne qui racontait comment elle voyait l'humanité, par fragments de 40 secondes, avec les scènes de ménage, les déprimes solitaires, ou l'impression que la voiture c'est comme l'intérieur d'un appartement qu'on transporte

d'autres éléments sont venus de l'expérience personnelle - par exemple, ce dont on parlait dans un autre message, le type qui s'arrête et ne veut plus repartir, au début c'est une personne de ma famille, qu'il a fallu aller rechercher sur place - et cela arrive fréquemment paraît-il


je crois que pour l'ordre des personnages c'est venu d'un effet de zoom, partir de silhouettes ou de figures un peu lointaines, et petit à petit les suivre plus, arriver à plus de proximité, de densité

Dinara par contre c'est une actrice réelle - on avait évoqué, avec Fabrice Cazeneuve (que vous avez accueilli ici pour son film "De gré ou de force") cette jeune actrice russe, parlant peu le français, découvrant notre pays par les autoroutes - j'ai utilisé le souvenir personnel d'un voyage en camion de Varsovie jusqu'à Biawystock à la frontière d'Ukraine - depuis, Dinara Drukarova a tourné un film magnifique, "Since Otar left" qui est aussi un film d'errance

pour moi, passer de personnages imaginaires à un personnage tout aussi imaginaire, mais ayant les traits et la voix d'un personnage réel, c'était une manière de plus pour jouer avec les différents statuts du réel et de la fiction

 
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Quelle réponse détaillée - MERCI

April 6 2005, 10:40 PM 

M.Bon:

Merci pour la réponse! Il semble que vous vous êtes bien amusé en écrivant L'Autoroute et je peux mieux apprécier les rencontres. Il est toujours plus facile de comprendre, ou de se connecter avec le roman et les personnages quand on sait d'où venait l'inspiration.

Avez-vous un livre que vous avez écrit qui est votre favori à l'égard du style? ou de contenu que ce soit le contenu créatif ou biographique?



    
This message has been edited by adurand on Apr 7, 2005 9:11 AM


 
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Autoroute

April 3 2005, 5:39 PM 

En lisant Autoroute j'ai eu l’impression que je lisais un journal que quelqu'un a écrit pendant un voyage. Cependant j'ai lu sur le site web de François Bon que le roman a été écrit entièrement devant un ordinateur en utilisant des magazines de voyage et un logiciel pour calculer les kilomètres. Il est assez impressionnant que le roman se sente si vrai quand en fait c'est entièrement de la fiction. Le roman est un bon exemple de la façon dont le monde devient plus petit. Nous avons discuté en classe comment les gens n'ont pas eu besoin de laisser leurs maisons afin de se sentir comme s’ils avaient voyagé quelque part. M. Bon a fait exactement cela et parfaitement. En plus M. Bon a pris des non-lieux comme l’autoroute, les arrêts de camion et les stations service et les a présentés comme des endroits où la vie se produisait comme dans les lieux.

Je voudrais savoir, puisque clairement la vie se produisait dans ces non-lieux, où est-ce que M. Bon pense que les non-lieux existent ?

J'ai également noté que tandis que Verne et le narrateur s’intéressent beaucoup aux instruments électroniques, les gens qu’ils rencontrent n'étaient pas si intéressés. J'ai même l’impression que les gens qu'ils rencontrent pendant leur voyage semblent être bloqués dans leur propre époque, pas trop modernes.

Une autre question pour M. Bon: était-il un choix conscient de dépeindre ces personnages comme sorte de gens stagnant et un peu hors de contact avec le monde qui semble se passer chaque jour ?

Finalement, j'ai estimé que de tous les personnages du roman celui qui ne semblait pas appartenir au "groupe" était l'homme qui a décidé de rester à l'arrêt au lieu de rentrer chez lui. Il était le seul qui a consciemment choisi de vivre sur la route, pourtant il était celui qui semblait être l'étranger sur la route.
Peut-être M. Bon peut commenter s'il a choisi de le présenter comme ça et si oui pourquoi ?


    
This message has been edited by adurand on Apr 4, 2005 12:43 AM


 
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(Entrer fbon)

Re: Autoroute

April 4 2005, 1:13 AM 

là je vais quitter ce forum jusqu'à ce soir, et je dois me rendre à 200 km de chez moi, je sais que les mêmes figures, dans n'importe quel parking d'autoroute,e je les retrouverai

si je leur dis : "bonjour, vous stagnez", eh bien ils ne seront pas d'accord, pas d'accord du tout

il me semble au contraire que notre travail, non pas sur le "personnage" (voir mention du texte de Sarraute dans message précédent), mais tout simplement sur le rapport de l'homme à son territoire, inclut d'aller là où il y a cette répétition, cet ancrage, d'en chercher le territoire

"hors de contact avec le monde qui semble se passer chaque jour " ça correspondrait très bien à Madame Bovary par exemple, et personne ne l'a jamais accusée d'être à côté de la littérature!


je reviendrai ce soir sur le bonhomme qui a une crise d'angoisse et refuse de partir

là où je n'interviendrai pas, c'est sur cette question de "non-lieu", ALain-Philippe sait que je n'emploie jamais cette notion

dans mon journal en ligne, par exemple, des "lieux" aussi exemplaires que l'école des Beaux-Arts à Paris ou le Conservatoire d'art dramatique ou la Bibliothèque nationale à Paris Tolbiac peuvent se révéler les mêmes labyrinthes, nous mener aux mêmes personnages singuliers (le même homme depuis 35 ans aux Beaux-Arts ouvre les amphis), et dans la même journée je peux photographier ces endroits ou telle centrale électrique en démolition

la réponse est donc : "oui, les non-lieux existent, au moins dans la tête d'A-P Durand et Marc Augé"

 
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Patrick Sharkey
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Re: F. Bon, Autoroute

April 3 2005, 8:53 PM 

Le roman Autoroute était, à mon avis, écrit d'une manière très intéressante comme une série dans un journal ou un magazine. Mes questions pour Mr. Bon sont premièrement qu’est ce que vous avez voulu accomplir en écrivant le roman comme ça et deuxièmement pourquoi avez-vous inclus les documents annexes dans un tel détail technique?


    
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(Entrer fbon)

Re: F. Bon, Autoroute

April 4 2005, 1:17 AM 

j'ai eu l'idée de ces "documents techniques", qui sont inventés comme les autres, pour organiser une diffraction du statut de réalité

faire qu'en produisant deux "nappes" de fiction, dans une illusion différente de réel, on brise l'impression de fiction et on installe l'idée que tout cela tient effectivement d'une enquête, d'un témoignage sur le réel

j'ai beaucoup pensé au "Naufragé" de Thomas Bernhard ("Der Untergeher") mais le modèle absolu de ces diffractions pour briser l'illusion romanesque c'est le livre II du Don Quichotte ou ceux qui travaillent à cet endroit, comme Borges

j'ai aussi utilisé cette technique, récemment, dans mon livre Daewoo, avec le même enjeu: là où le réel ne fournit plus ni signes ni figures ni voix, comment lui extorquer sa nature symbolique, une instance tout aussi réelle que celles qu'ils nous présente dans la totalité et la disparité de ses modes d'appréhension (ce qui vaut aussi pour Autoroute), mais que la fiction doit produire seule

 
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plus que des mots ?

April 4 2005, 1:35 AM 

j'aimerais bien si vous avez des photos de votre petit groupe au travail, ou même des "oui-lieux" (s'il y a non-lieu, forcément il y a oui-lieu) où vous travaillez et vivez... qu'Internet serve à partager un peu plus que des mots ?

moi je serais vraiement curieux que l'échange ce ne soit pas seulement vos questions, mais que vous entriez dans un "travail" symétrique: votre pratique de l'autoroute ? votre utilisation de la voiture dans la ville ou d'une ville à une autre ville ? le temps, les visages, si c'est différent pour vous...

je repense par exemple au livre "Visages de l'ouest" pour lequel Richard Avedon circulait en voiture, s'arrêtait dans les motel ou restaurants routiers, sortait un drap blanc et photographiait qui était là...

ça pourrait être tout simple, et un sujet spécifique de ce forum: si chacun répondait simplement :
- quel a été mon dernier voyage en autoroute ?
- quelles images images fixes me restent des paysages
- est-ce que j'ai mémorisé un visage, une silhouette

 
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Des aspects différent du roman

April 4 2005, 8:31 AM 

Le roman Autoroute est le premier roman pour cette classe que j'ai lu d'un jet. Je me suis bien amusée parce que ma famille a fait des voyages sur l'autoroute chaque été, et en plus ma mère, moi et ma soeur aînée, nous avons fait le voyage du sud de la France jusqu'à Paris.

J'ai trouvé que les personnes dans le roman qui habitaient sur l'autoroute avaient le désir d'avoir un attachement avec les gens qui passaient sur la route. C'est l'histoire d'un endroit qui est pour quelques personnes un lieu, mais pour la majorité des gens, c'est un non-lieu. L'attachement était dans la forme du livre d'or du gardien et pour M. Baudot, sa collection des trucs que les personnes ont laissé quand ils repartaient pour l'autoroute, ils sont tous les petits éclats d'une vie d'une personne qui est passée sur la route. Les gens sont plutôt isolés, sans communication avec les gens des villes alors, ils s'entourent avec les objets d'étrangers. Je trouve cette nécessité d'avoir une connexion humaine fascinante.

Une question pour l'auteur: J'ai lu que vous n'avez pas fait de voyage comme ça, mais vous l'avez écrit devant un ordinateur. J'ai remarqué que la contenance des voyageurs vers le paysage, l'autoroute avait changé pendant le voyage. Au commencement ils étaient captivés par « l'autoroute infiniment vide et brillant » (35) et le paysage au bord de la route, évident par les descriptions des paysages et les photographies Polaroid, mais à la fin je trouve que l'autoroute est devenue plus ou moins un non-lieu, que chaque endroit est devenu identique. Avez-vous eu la même réaction quand vous avez écrit l'histoire ? Au commencement de l'écriture du roman, l'autoroute et les magazines de voyage étaient fascinants mais près de la fin tous étaient un mélange des images et descriptions. De n'importe quel endroit de l'autoroute, sont-ils tous devenus les mêmes pour vous ?


    
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évolution en cours de route

April 4 2005, 2:05 PM 

sans doute vous avez raison: dans une première phase, les éléments visuels sont très importants, et puis, à mesure qu'on les installe, on peut se concentrer plus sur les fils narratifs, en imaginant que le "décor" est assumé par le lecteur

dans Balzac en particulier, il y a cette magie de l'ouverture des livres, où on nous fait visiter des maisons vides, des rues d'une ville, et puis à mesure que surgissent ses personnages on oublie ce ralenti de la description

 
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Julia Sullivan
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Re: F. Bon, Autoroute

April 4 2005, 1:15 PM 

Autoroute

C'était mon roman favori du cours. Les personnages, comme le narrateur, Verne et les autres personnages sont très vrais. Je pense que l'autoroute était une métaphore pour la vie. Dans la vie, il y a beaucoup de personnes que nous rencontrons, comme Verne et le narrateur. Les personnages, que les deux rencontraient, sont comme les gens que nous connaissons. Verne et le narrateur, pour sept jours, ne vivaient pas leurs vies. Ils sont seulement des spectateurs. Ils regardaient et filmaient les vies des autres. C'était une perspective intéressante parce que, pour la plupart, les deux ne savaient rien d'eux (les gens sur l'autoroute). C'était une idée très unique.

Les personnages que le narrateur et Verne ont rencontré sont très intéressants. Par exemple, Marc Langeron. Il était un homme qui, je pense, était très triste et seul. Mais, il a dit à Verne, « Demain je vais partir. Vingt et un jours que je suis là. Plusieurs jours que je me dis : Demain, je vais partir » (p.98). Je pense qu'il y a beaucoup de gens comme ça. Les gens qui ne sont pas heureux et ils essayent d'améliorer leur vie, mais c'est difficile. Langeron représentait les choses difficiles dans la vie. Aussi, il y avait les autres personnages, dans le roman, qui étaient très contents de leur vie, comme Dinara Roubrakharova. Elle était très heureuse avec sa vie et aussi, son truc. Elle a dit, « Je traverse tous ces pays, seule, avec mon camion. C'est ma maison, c'est juste une maison qui roule » (102-103). Elle était un personnage qui représentait les choses bonnes dans la vie. Il y avait plus de personnages dans le roman qui représentaient les vraies choses dans la vie. Mais je pense que ces deux sont les deux plus importants dans le roman.

Question pour François Bon :
Est-ce que vous voudriez faire l'expérience d'une aventure comme ça ?



    
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Une autoroute, est-elle assez intéressante pour filmer ?

April 4 2005, 7:26 PM 

Avant d’avoir lu ce roman, je n’avais jamais fait attention à l’autoroute. Toutes les activités qui s’y passent et tous les gens qui ont fait partie du roman, soit le japonais ou les enfants perdus, je trouve que l’auteur avait choisi les meilleurs exemples que nous pouvons imaginer sur l’autoroute. Mais est-ce que ces activités journalières, ces gens que Verne et le narrateur rencontrent tous les jours sont assez intéressants pour en faire un film ou un reportage? Je crois que Verne a une passion sur l’autoroute que beaucoup d’autres gens n’ont pas, mais j’aurais aimé voir son film, s'il y avait une histoire sur l’autoroute. Mais je doute que le fait que de filmer et d'interviewer des gens soit assez intéressant pour en faire un film.
Si on discute l’expérience de l’autoroute, je dirai que les seules fois que les gens font attention sur l’autoroute est quand il y a un accident ou une belle voiture passe. Les panneaux publicitaires aussi sont bien pour attirer l’attention des passagers. Mais les choses telle que la nature ou d'autres choses de ce genre n’attirent pas les passagers (dans certains cas) du fait que nous les voyons tous les jours.

J’aurais mieux aimé le livre s'il avait développé une inrtigue du début à la fin. Par contre je pense que le fait que Verne a disparu à la fin est le début d’une histoire mystérieuse.



    
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Philip Vieira
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Re: Francois Bon

April 4 2005, 11:55 PM 

Mon dernier grand voyage par autoroute a été en février quand je suis allé à Mardi Gras. J’ai rencontré des amis à Nashville et nous avons conduit de là jusqu’à la Nouvelle Orléans. Avant ça, je n'étais jamais allé dans le Sud. Alors, c’était un environnement complètement différent d’ici. La chose la plus mémorable de ce voyage par autoroute est quand on a conduit pendant la nuit. Il n’y avait pas de lumières et nous étions entourés par des champs. Pour des heures et des heures, je n'ai vu que l’intérieur de la voiture et les ténèbres et j'ai pensé, « On ne bouge pas. Nous sommes au nulle part et nous ne le quitterons plus. » De plus, je ne pouvais pas dormir et je pensais avec anticipation à la fête. La voiture était comme une prison. En bref, c’était l’enfer. Voila la mémoire la plus vivide que j’ai de l'autoroute.

Cependant, le voyage d’autoroute n’était pas tout mal. J’ai aimé le paysage du Mississippi et les marais de Louisiane. Mais il y a une raison pour laquelle on n’entre pas toujours dans le monde de l’autoroute : le monde de l'autoroute est d’habitude complètement nul. Donc, je ne comprends pas M. Verne. C’est bien de lire les aventures d’un homme qui entre dans le monde de l’autoroute dans les conforts de ma maison. Mais si, comme Verne, je passais ma vie sur l’autoroute, ma vie serait bien courte parce que, sans doute, je me suiciderais après quelques jours. Je perdrais ma patience rapidement si je n'étais pas dans un oui-lieu.

Mon aversion à l’autoroute m’a rendu curieux de votre opinion (M. Bon et la classe en général) sur le monde de l’autoroute. Est-ce que vous pourriez supporter l’entrer comme Verne pour découvrir toute la richesse "cachée" de ce monde ? Est-ce qu’il y a quelque chose d'attirant pour vous dans cet espace bizarre ?


    
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Nashville Skyline
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Re: Francois Bon

April 6 2005, 12:50 AM 

merci pour ce message, tout le monde devrait raconter une histoire de ce genre

mais pourquoi dire "le paysage de l'autoroute c'est en général complètement nul"

peut-être en France c'est différent parce que c'est un pays tout petit, alors on aperçoit les villages, les ciels changent, et quand on s'arrête boire un café les gens qui travaillent sur l'aire de service viennent en général de la ferme d'à côté


j'ai VRAIMENT voulu faire ce film, on l'avait proposé à Arte (une chaîne "culturelle", la seule d'ailleurs), et l'idée vient du magnifique livre de Julio Cortazar, mais qui date des années 70, "Les autonautes de la cosmoroute"

moi j'en rêverais, d'arriver à Nashville en voiture par la highway (je suis sûr que je pourrais trouver la Martin D18 qui m'attend, d'occasion, depuis longtemps!)

c'est le regard qu'il faut apprendre à changer - le paysage ce n'est jamais "nul"

en France on a depuis quelques années une expérience très forte: uine quinzaine de photographes professionnels ont sélectionné 400 endroits (qu'ALain-Philippe appellerait non-lieux pour la plupart), et depuis ces endroits sont photographiés 1 fois tous les 3 mois, selon le même angle exactement - alors on a 10 fois la même place de village, le même carrefour de périphérie, le même lotissement de bord de ville, et pourtant, de 3 mois en 3 mois, un détail change, puis un autre, c'est le temps qui permet de lire la transformation de la peau du monde

je me souviens de ce film très fort de Steven Spielberg à ses débuts, "Duel", juste avec un camion, une voiture, et une route, c'est la même chose: tout dépend de ce qu'on montre...

allez, faites la liste de 6 paysages différents sur l'autoroute de Nashville, puis faites la liste de tout ce à quoi vous avez pensé dans l'ennui du voyage, puis reconstruisez la conversation que vous avez eue avec les autres dans la voiture, vous verrez s'il n'y a pas une belle histoire à raconter

et quand Raymond Carver produit toute une histoire rien qu'avec un réfrigérateur à changer, c'est "nul" ? Carver est un immense écrivain, justement parce qu'il part de (presque) rien...

en amitié !

 
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Gabrielle Murphy
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En response à M. Bon

April 8 2005, 11:32 AM 

« mais pourquoi dire "le paysage de l'autoroute c'est en général complètement nul? " »


Ici aux Etats-Unis il y a plusieurs autoroutes. Les vieilles routes sont plus scéniques — avec les petits magasins, les fermes, les villes tous au bord de la route, (comme Route 1) mais les grandes autoroutes, les « super-highways » ou « interstates » ont été établies par le gouvernement avec le but de faire les connexions entre les grandes villes, les chemins le plus vite et le plus droit, en effet faire un écheveau de voyage des villes. Alors ces routes sont en général nulles par rapport à des villes où les images sont plus intéressantes. Au bord de ces routes, il y a les stations d’essence et les sorties, les panneaux des villes et les fleuves— c’est tout !


    
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Pascale Acocella
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Réflexions sur Autoroute François Bon

April 5 2005, 8:45 PM 

J’ai aimé le concept du livre qui se lit comme un journal de bord mais j’avais l’impression que c’était comme si je regardais un film, un reportage en direct, que je voyais une pellicule défiler devant mes yeux avec des gens dessus et des mots, des commentaires pris sur le champ pour capturer “a snapshot” de leur vie le temps d’une rencontre sur l’autoroute. L’autoroute - ligne continue où tout le monde va dans le même sens - qui évoque l’idée de voyage, d’aventure, de mouvement perpétuel de voitures, de masses de gens est aussi un lieu de rencontres même si elles ne sont que fortuites, passagères et anodines. Car sur de longues distances les gens s’arrêtent, font une pause, jouent au touriste, échangent des banalités de voyage avec les autres touristes. C’est en effet sur les aires de repos ou dans les différents relais qui bordent l’autoroute que le narrateur et son caméraman-cinéaste Verne rencontrent tous ces “Passagers de la terre” avec qui le dialogue se noue immédiatement ou presque de part le côté éphémère, sur le vif, de la rencontre. Il n’y a pas de pression, c’est le moment qui "parle". Ces touristes de passage tout comme les habitués ont quelque chose d’attachant pour le narrateur et Verne car au milieu du bitume, de la route uniforme, du bruit, de l’anonymat, ce sont eux qui donnent une âme au paysage en parlant dans la caméra, en révélant des bribes de leur vie comme si la caméra s’intéressait à eux. C’est ce côté spontané, naturel, “true to life” qui fait le charme de ces moments saisis au vol. On a l'impression qu'on y est. Le fait que Verne disparaisse sans laisser de trace à la fin et qu’il ait “rencontré son aventure”, qu’est-ce que cela signifie au juste? A-t-il réalisé son film ou est-ce que l’aventure lui a suffit?

Malgré qu’il n’y ait pas de véritable histoire dans ce roman, cela me rappelle des souvenirs personnels où enfant, mes parents nous emmenaient l’été en Espagne sur l’autoroute du sud et où le trajet même - symbolisé par l’autoroute toute puissante - faisait partie intégrale du voyage, des souvenirs qui nous restaient. A défaut d’avoir une caméra pour meubler le temps, on s’amusait à relever les numéros de départements sur les voitures ou à compter les stations-essence. Simple jeu d’enfant mais qui donnait un goût particulier à ces longs kilomètres d’autoroute qui ne semblaient jamais en finir. Curieusement l’autoroute était devenue un passe-temps et par là-même un lieu familier et ludique.


    
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(Entrer GinnySorrell)

Rhode Island à Californie

April 5 2005, 10:41 PM 

Ce que je trouve étrange est que quand j’ai lu Autoroute, il ne m'a pas rappelé mon voyage de Rhode Island à la Californie pendant cet été passé. En fait, je n’ai pas fait le rapport entre les deux jusqu’à ce que j'ai lu les réponses de quelques individus sur le forum. Contrairement aux expériences de Verne et du narrateur, je n’ai pas fait attention à l’autoroute et je n’ai parlé avec personne dont je peux souvenir quand nous nous sommes arrêté pour l’essence ou la nourriture.

L’autoroute était comme un tour du pays, mais c'est le pays que j’ai noté, pas l’autoroute.

Aussi, je pense qu’il est drôle que Ishuo photographie l’autoroute avec le ciel et la terre et c’est tout. Moi, j’ai pris plus ou moins deux cent photos pendant mon voyage, mais j’ai gardé seulement les photos des lieux où nous nous sommes arrêté spécifiquement à visiter et explorer, comme les parcs nationaux (Yosemite, Yellowstone). J’ai pris quelques photos avec seulement l’autoroute, le ciel, la terre, et peut être un panneau, mais je n’ai pas aimé les photos sans une personne dans la photo. Ishuo a pensé qu’il était étrange de prendre une photo avec une personne, mais moi, j’aime seulement les photos avec les personnes.

Finalement, je pense que mon voyage en Californie était différent que quand j’utilise l’autoroute dans ma vie quotidienne. Chaque jour, quand je suis sur l’autoroute pour aller quelque part, je ne remarque rien sur l’autoroute parce que c'est seulement un outil pour aller d'un endroit à un autre. Ce voyage pendant l’été était des vacances, donc j’étais sur l’autoroute simplement pour être sur l’autoroute et explorer le pays. Pour moi, pendant ce voyage, l’autoroute est devenue une belle aventure et j’ai noté le terrain, le ciel, les couchers du soleil, les villes, les lacs, les montagnes, etc. Mais contrairement à Dinara, et quelques autres personnages dans le roman Autoroute, je n’ai pas fait mon voyage toute seule. Avec mon ami, l’Autoroute était une aventure, mais je pense que l’autoroute serait encore seulement un outil pour voyager en Californie si j’étais toute seule.


    
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le photographe

April 6 2005, 1:03 AM 

quand j'ai écrit Autoroute, je connaissais déjà le travail d'un photographe que je considère comme un grand artiste, Hiroshi Sugimoto

mais il n'était connu à l'époque que dans le monde des musées d'art contemporain et des galeries

maintenant il est mieux connu, et en particulier pour cette série sur les salles de cinéma de votre pays, quand il laisse l'appareil en pose pendant plusieurs heures dans la salle noire, seulement éclairée par la projection d'un film sur l'écran, et la variation des lumières crée des reliefs très impressionnants http://www.eyestorm.com/fullscreen/fullscreen.aspx?work=9414
http://www.robertkleingallery.com/gallery/sugimoto

quel dommage, toutes les photos effacées - la prochaine fois, les 200 photos, vous gardez celles "avec les personnes", mais au lieu de les effacer, les photos faites depuis la voiture, sans s'arrêter, vous me les envoyez ?


 
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Une grande et vague réminiscence

April 6 2005, 8:47 AM 

J'ai la même opinion que Ginny et ses idées de l'autoroute dans nos vies quotidiennes. Chaque fois que nous y conduisons, ils deviennent moins des endroits de vie et plus une ligne entre deux « oui-lieux » (pour le chauffeur.) Mais j'ai eu l'expérience opposée de Ginny quand j'ai fait mon dernier grand voyage par autoroute. C'était en février quand je suis allée à Montréal avec ma soeur et sa meilleur amie. Toutes les trois, nous avons parlé presque tout le temps et je ne me suis rappelée de rien du paysage autour de la route, seulement les panneaux au bord de la route. Oui, c'était une aventure que personne dans la voiture n'a fait, alors peut-être c'était la raison du voyage qui a fait la différence. Si je suis toute seule sur une aventure de voyage avec le but de voir le paysage je verrais plus, mais le but de ce voyage était un week-end fabuleux à Montréal. En plus, je crois encore même si l'aventure a le but de voir le paysage, vous deviendrez indiffèrent aux environnements, comme le narrateur de « Autoroute, » parce que vous n'avez pas de vraie connexion avec la terre sauf des images, et après beaucoup de temps, les images sont toutes assemblées dans une grande, vague réminiscence.


    
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connexions

April 6 2005, 2:54 PM 

"vous n'avez pas de vraie connexion avec la terre sauf des images, et après beaucoup de temps, les images sont toutes assemblées dans une grande, vague réminiscence"


j'aime beaucoup cette phrase... pour sa justesse, mais aussi pour sa musicalité, un peu Chateaubriand...

 
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Autoroute

April 6 2005, 4:29 PM 

J’ai beaucoup aimé ce livre, surtout l’idée et le message qu’il nous donne. Pour une classe consacrée à l'étude des « non-lieux, » ce livre est parfait. Dans un sens, je crois que c’est un livre de deux personnes qui essayent de comprendre mieux/faire une connexion aux non-lieux. Le narrateur et Verne passent sept jours sur l’autoroute « à noter tous les événements qui s’y déroulent. » L’autoroute est le non-lieu le plus extrême, on la prend tous les jours sans y penser. D’habitude, on ne s'arrête pas . . . on prend l’autoroute direct, même si on s'arrête, on ne prend pas longtemps à la station service ou sur l’aire de stationnement. Mais ce livre nous montre qu’il y a des histoires cachées et des personnages intéressants sur ces arrêts. En lisant les autres réponses des étudiants, j’aimais bien l’idée de Julia que l’autoroute est une métaphore de la vie. Je trouve cette idée très intéressante parce que c’est vrai. Si l’autoroute est la vie, les voitures représentent les gens. Quelques unes passent sur l’autoroute directement d’un lieu à l’autre. Mais il y en a certaines qui s'arrêtent de temps en temps où ils se trouvent des aventures avec des personnages différents qui sont prêts à raconter leurs histoires.



    
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La Dualité et le panoptique

April 6 2005, 10:30 AM 

Je veux parler de la dualité qui est présente partout dans ce livre. Avec le mot dualité je veux dire que chaque élément dans ce livre à son propre "image-miroir" ou reflet. (De la même manière avec laquelle M. Bon a dit que s'il existe un « non-lieu » il devrait y avoir un « oui-lieu »). Cette dualité commence avec l'autoroute elle-même, qui a deux sens ; un qui monte et l'autre qui descend selon le point de vue des conducteurs ; chacun est un miroir de l'autre. Il y a aussi la dualité du jour et de la nuit ; quand la nuit tombe pour les narrateurs, le soleil se lève sur l'autre partie du monde, comme un réverbère perpétuel qui ne cesse pas de s'allumer et puis de s'éteindre. (D'ailleurs il existe plusieurs références dans le livre aux réverbères.)

Aussi important pour cette dualité entre le jour et la nuit est le contraste entre la lumière (ou le blanc) et le noir, et aussi les textures des matériaux ; le bitume, l'acier inoxydable, les tôles, les vitres, l'herbe, les champs, et même les cheveux des gens rencontrés. Plus simplement dit ; les matériaux naturels contre les matériaux industriels.

Aussi présent dans ce livre est l'idée du panoptique qui représente un point d'origine ou endroit centralisé depuis lequel nous pouvons en voir tout a l'intérieur, sans être vu par les gens que nous surveillons.

Le premier exemple dans le livre est les gardiens des aires d'autoroute. « Un gardien dans une cage vitrée, pas de porte, juste un sas. Je regarde les gens entre, rester, sortir. Quelquefois, plus personne. » (15-16)) Et plus tard, un autre exemple, où le gardien de l'aire explique « Ils voient pas que je les vois. » (32) Aussi l'ouvrier du péage de l'autoroute qui explique depuis sa propre cabine que « Les deux autres cabines sont fermées, et dans l'autre sens c'est juste le gros poussoir à tickets. »(49) Donc, les conducteurs ne savent pas s'il y a quelqu'un qui les surveille ou pas.

Je veux poser une question sur l'homme qui reste dans son ancienne voiture sur l'aire d'autoroute depuis quelques semaines. Est-ce que c'est lui qui est le panoptique ; dans le sens qu'il reste dans sa voiture et les gens qui passent ne savent pas s'il dort ou s'il est là pour les surveiller ? Ou est-ce que c'est le gardien de l'aire ou la police ou même les narrateurs qui sont les panoptiques ?

Aussi, cette notion que l'autoroute peut nous amener n'importe où, et qu'elle ne cesse jamais m'a fait penser à quelques paroles d'une chanson de Matmatah « Ça fait bien longtemps qu'on croit aller loin. Alors cherchons encore comment aller plus loin ? (toute la chanson: http://www.paroles.net/chansons/13194.htm).


    
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panoptique

April 8 2005, 1:29 AM 

encore une idée vraiment riche et intéressante de suggérer que les figures du récit ne sont pas seulement des voix, mais des lieux de captation optique, que nous aurions délégué dans l'illusion de réel construite par le livre, pour nous renseigner sur le réel source

c'est bien ces logiques complexes que je trouve tellement plus intéressantes que la notion traditionnelle de "personnage", même après avoir tenté de la désamorcer en donnant au personnage censé voir et regarder, via caméra, un nom repris de celui de Jules Vernes

cette idée que la figure mise en place, l'homme arrêté, le gardien ramasseur d'objets ou le photographe errant, sont chacun un de ces "miroirs promenés au bord de la route" que voulait Stendhal, mais des miroirs démultipliés, qui ne reconstituent pas un romancier démiurge ou pré-scient

reste que le panoptique suppose que l'observateur puisse tout voir sans être vu lui-même

ici, ces capteurs/personnages ne voient que le micro-réel qui les entoure

mais alors c'est une notion de "présence" qui devient importante, une sensation d'être au monde aussi pleine que notre statut d'homme l'a toujours exigé, même si la transformation et la normalisation du réel (cette appellation "non-lieu" qui continue de me déplaire), ou cete désolation du réel font que ce statut ne peut être restauré ou rejoué qu'à condition que ce micro-réel devienne, via eux-mêmes, le monde tout entier ?

ce sont des réflexions, des questions, pas des réponses

 
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Autoroute, un monde inconnu

April 6 2005, 3:01 PM 

L’autoroute est un roman assez intéressant, ça me fait souvenir des images que j’observais pendant les voyages sur l’autoroute. La phrase « Accroître le sentiment de récupération des conducteur, leur présentant les même images qu’ils aperçoivent lors de la conduite » explique le sentiment qu’on expérimente quand on lit ce roman. Verne essaye de présenter un monde que nous les observateurs ne comprenons pas, la réalité ordinaire. Verne pense que « l’autoroute est une sorte de monde fantastique, une frontière devenue poreuse entre l’apparence ordinaire et un monde ou plus rien n’adviendrait selon les lois du normal, qui rendent notre monde tellement prévisible. »


    
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Steven Nadeau
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l'Autoroute

April 6 2005, 5:06 PM 

Ce roman focalise sur les événements bizarres quotidiens qui se passent sur les autoroutes françaises que personne n’aperçoit normalement. Par exemple, le couple qui cherche ses alliances avec un détecteur de métal qu’ils ont perdu l’année précédente quand ils ont eu une dispute ou bien le type, Marc Langeron, qui est resté vingt et un jours sur l’aire de parking à la station service. Aussi l’enterrement qui était arrêté à cause d’une panne à côté d’un camion de chiens. Ce roman montre que les autoroutes sont bien les espaces des non-lieux. On utilise l’autoroute pour voyager seulement sans savoir que l’autoroute est un monde entier différent de soi-même pour les gens qui bossent aux stations services ou aux restaurants à côté de l’autoroute. L’autoroute me rappelle un film en espagnol qui s’appelle Y Tu Mamá También. Dans ce film, il y a deux hommes et une femme qui traversent le Mexique dans une voiture. Pendant le film, ils conduisent constamment et ils ont appris beaucoup de la vie dans un lieu inattendu, l’autoroute. Le narrateur et Verne aussi ont beaucoup appris de l’autoroute, sa culture, ses voyageurs, et sur la vie en général.

Avez-vous un événement personnel sur l’autoroute qui vous a étonné ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

 
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that is the question

April 7 2005, 6:31 AM 

je crois que ce serait formidable si chacun des contributeurs répondait à la question par un événement précis

ou par un inventaire de ces évenements

je crois que comme il y a des "non-lieux", l'effort de l'écriture doit peser sur le "non-évenement" - un texte fondateur, c'est "L'infraordinaire" de Georges Perec (voir dossier Perec de www.remue.net), "notes sur ce que je cherche"

c'est l'ordinaire qu'on questionne plutôt que ce qui fait éclat ou rupture

je me souviens, sur une autoroute, d'avoir vu un enterrement en panne: la voiture avec le mort était arrêtée sur le parking, capot ouvert, et derrière les voitures avec la famille s'étaient arrêtées bien en ordre, et les gens attendaient comme si ça faisait partie de la cérémonie

chacun pourra bien retrouver une image/souvenir de cet ordre?


    
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L'autoroute n'est pas un non-lieu

April 8 2005, 6:44 AM 

J'ai trouvé Autoroute un peu différent de ce à quoi je m'attendais. Ce qui m'a étonnée est que pour F. Bon l'autoroute n'est pas un non-lieu. Il a donné plein de détails pour décrire ces endroits le long de l'autoroute, sutout si on considère les Documents Annexes à la fin. Aussi j'ai trouvé les personnages de Verne et du narrateur assez difficiles à comprendre. Je ne suis pas sûre pourquoi je n'avais pas de lien avec tous les deux. En même temps, j'aimais bien toutes les personnes qu'ils ont rencontrées pendant le voyage, sutout le conducteur qui tricote et les enfants perdus. Ces personnes me semblaient très réelles. Il y a aussi l'homme qui habitait sur l'autoroute. Ca m'a donné l'impression que F. Bon trouve l'autoroute une extension de l'humanité- un lieu vivant.

En le lisant, j'ai pensé aussi à "On the Road" par Jack Kerouac. Les deux romans me rendaient un peu fatiquée parce que j'imaginais conduire et être dans la voiture, pas très confortable, toute la journée. Probablement les romans sont assez bien écrits pour que je puisse bien m'identifier aux sons, aux vues, et aux lieux du voyage.


    
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I'm so tired

April 8 2005, 2:42 PM 

ça aussi c'est une idée qui me plaît bien, qu'un roman "fatigue" son lecteur

dans certaines proses, Salaâmbô de Flaubert, on peut éprouver ça, comme s'il fallait pour lire mobiliser en soi une dépense physique

la réflexion sur les personnages est intéressante aussi: les 2 gosses restés sur le parking parce que chaque parent les pensait dans la voiture de l'autre c'est une histoire réelle, arrivée à des amis - le type qui tricote, je l'ai vu réellement, et ça m'avait fait penser à un de mes meilleurs copains, autrefois, qui racontait que dans son enfance (ils étaient 6 enfants), les soirs d'hiver, tout le monde tricotait des pulls pour compléter la fin de mois - et même adulte il avait gardé ce goût du tricot

je me dis que si on veut faire exister ces personnages, leur donner leur force de vie, la proximité, les intercesseurs, les narrateurs du roman, doivent se faire transparents, discrets - comme Michel-Ange, sur la toile de la chapelle Sixtine, n'est rien qu'une peau vide accrochée dans un coin


 
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Tyler Kane
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L'envahissement du monde techno

April 10 2005, 9:55 AM 

Nous avons discuté ce semestre l’idée de l’envahissement du monde techno dans la vie humaine et comment ça changeait et altérait nos réalités. Nous pouvons voir ça dans le roman de François Bon, où le but de Verne est de faire un film réaliste sur la vie en capturant la réalité d'une manière objective et honnête avec sa caméra. Mais, nous découvrons que ça ce n’est pas tout à fait possible parce que la personne qui tient la camera filme la vie dans sa perspective et de son point de vue. Comme résultat, la vie qui est montrée par la camera n’est pas objective, mais plutôt subjective. Aussi, la caméra déshumanise les gens qu’elle capture dans l’objectif. Selon un passage du livre “Un Monde Techno” dans lequel Prof. Durand parle des spectateurs dans un stade filmés par une caméra de télévision (dans un roman de Laurent Chalumeau), les gens qui sont capturés dans un film “ne sont plus réduits à des points minuscules, mais de simples <culs>. Ils sont totalement aliénés, contrôlés par des dispositifs électroniques” (61). Ca c’est la preuve qu’il n’existe pas seulement une réalité de vie, mais que la réalité dépend entièrement de la personne qui la voit.


    
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Réponse à Tyler Kane

April 10 2005, 11:22 AM 

Voici le passage d'Un monde techno que cite Tyler. Il s'agit en fait des spectateurs qui assistent à un concert de rock dans un stade de football américain de Los Angeles, dans le roman "Fuck" de Laurent Chalumeau (Grasset, 1991):
"Une fois de plus, le stade déshumanise les spectateurs qui se retrouvent sous la surveillance des écrans de télévision et des projecteurs éblouissants. Ici ils ne sont plus réduits à des points minuscules, mais à de simples « culs ». Ils sont totalement aliénés, contrôlés par des dispositifs électroniques. Ils jaillissent automatiquement de leurs sièges comme s’ils répondaient à la pression d’un simple interrupteur, celui-là même qui déclenche les éclairages aveuglants et les jeux de lumière dans le stade".

 
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Tyler Kane
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La disparition de Verne

April 10 2005, 10:08 AM 

Nous avons discuté en classe comment nous étions choqués par le départ soudain de Verne à la fin du roman. Je ne trouvais rien dans son caractère qui me faisait penser qu’il était mécontent ou instable. A mon avis, sa disparition s'est passée de manière aléatoire. Pourquoi avez-vous choisi de le faire disparaître à la fin et pourquoi de cette façon?


    
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last exit to

April 12 2005, 2:34 AM 

ce qui est formidable, c'est quand la logique narrative décide seule de la nouvelle figure du récit

et que la question est posée à vous-même, mais dans un sentiment d'obéissance

c'est cette obéissance qu'il faut trouver, et toute l'activité de l'auteur c'est la contrer, pour vérifier qu'elle est nécessaire

la question dans ce récit était celle d'une boucle logique ouverte

je réfléchissais beaucoup au théorème de Gödel

c'est bien que la logique décide à votre place, et que la perception du récit soit celle d'un parcours, et non d'un achèvement

 
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Autoroute

April 12 2005, 1:21 PM 

Ce que François Bon défend dans ce livre Autoroute c'est l'idée des "oui-lieux," on peut continuer ce concept avec l'idée des "oui-gens" ou les gens avec des identités, un travail, une histoire, des tragédies, etc.

Avec tous les arrêts sur l'Autoroute il y a des vrais gens, des gens qui n'ont pas beaucoup de pouvoir ni dans leur travail ni dans leur destin. C'est l'opposé des personnages de Stupeur et Tremblement-- des gens qui retournent chaque jour au même travail, qui ne pensent pas à d'autres possiblités. Avec Autoroute les personnages possèdent une certaine profondeur qui les rend réels, tangibles. Alors ce n'est pas une question des gens eux-mêmes, c'est la théorie qu'on leur applique.


    
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Stacey Haag
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Autoroute et la vie

April 17 2005, 8:29 PM 

Ce que nous avons discuté en classe m’a vraiment fait penser à la vie. Je suis complètement d’accord avec l’idée que l’autoroute représente la vie. Bien qu’il y ait des événements qui s’y passent on peut aussi comparer les deux. Comme il y a des sorties et des alternatives de certaines routes, il y en a dans la vie aussi. On peut choisir de prendre un chemin mais il y a les alternatives à ce chemin. On peut le voir dans ce livre. Le chemin que Verne et le narrateur ont pris les emmène à rencontrer certaines personnes. Si on avait pris d'autres chemins on en aurait rencontré d'autres. Il y a cette force qui nous mène. Cela est également présent dans la vraie vie aussi. On prend un chemin pour une raison. Quelquefois on le sait mais parfois on ne le sait pas. C’est un chemin qui est prédéterminé et quand on découvre un bon chemin, il le sent bien.

On doit se demander si les gens qu’on rencontre font partie du chemin ou peut-être les surprises. On découvre des centaines d'histoires quand on voyage. Mais on se souvient des plus bizarres. C’est pourquoi je trouve le fait que Bon utilise les histoires des personnes assez bizarres pour les « scènes » dans le film. Il a choisi les petites histoires que si c’était moi qui voyageais, j’aurais dû m'en souvenir aussi.


    
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Autoroute

April 20 2005, 5:05 PM 

Quand j’ai commencé à lire « Autoroute » j’ai parcouru ce livre et j’ai aperçu que ce roman consistait de plusieurs chapitres brefs aux titres qui rassemblaient à un « travelog », suivi des pages d’annexes. Après avoir lu les premiers chapitres, j’ai prévu que ce serait à peu près pareil partout. On rencontre une variété de personnes, chacune avec son histoire et ses excentricités et puis on se met en route sans jamais savoir ce qu'ils sont devenus. L’idée de lire tout cela m’a fatigué. Tous ces détails, la plupart du temps n'établissent pas de rapport entre les personnages. C’est peut-être à cause de la nature transitoire des non-lieux qu’on trouve tellement d’indifférence. Par exemple, le narrateur et Verne ne sont même pas restés à l’aire jusqu’à l’arrivé des parents qui venaient chercher leurs enfants.

Il y a deux fois où on établit un rapport avec les personnages dans ce roman. Cela arrive avec Ishuo, le Japonais et aussi avec Dinara, la Russe. Ces deux fois c’est Verne qui établit le rapport avec eux et non pas le narrateur. Dans le cas de Ishuo, le narrateur écrit «… j’en ai un peu assez de ce Japonais qui parle avec lui photo, de l’intimité qu’ils ont trouvée tout de suite, eux deux qui font le même métier, le plus vieux que moi et le plus jeune que moi, et qui m’exclut de leur nouvelle relation. » Dans le cas de Dinara, c’est le narrateur qui la cherche dans le restaurant, ayant déjà fait sa connaissance autrefois, mais elle ne se souvient pas de lui. Encore une fois, c’est Verne qui établit un rapport avec elle.

A la fin, Verne part avec Dinara pour filmer jusqu'à St. Petersbourg. Après cela, il paraît qu’il a continué son chemin tout seul. On ne sait même pas ce qu'il est devenu. En somme, c’est un roman sans dénouement. Le fait que nous apprenons des détails sur plusieurs personnes sans savoir ce qu'elles deviennent me tracasse dans ce roman et en particulier dans le cas de Verne. Mais c’est vraiment comme dans la vie réelle. On rencontre toujours beaucoup de personnes sans savoir ce qu'elles deviennent, mais on ne fait pas attention, on est tellement occupé par sa propre vie. C’est curieux que cela est troublant dans un roman et non pas dans la vie.



    
This message has been edited by adurand on Apr 21, 2005 10:01 AM


 
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