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Question à François Maspero

April 10 2001 at 10:43 AM
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Nous avons discuté en classe de votre désir, dans <Les Passagers du Roissy-Express>, d'effectuer un voyage, de vous promener en touriste et non pas en sociologue ou journaliste. Immédiatement cela pose problème aussi bien de votre côté que de celui des habitants des villes visitées. Souvent dans le texte (comme par exemple à la page 134 de l'édition Points)François et Anaik s'interrogent sur leur projet. Comment rendre compte de toutes ces observations sans entrer dans l'analyse sociologique ou journalistique? Je voudrais donc demander à François Maspero comment, à la fin du voyage, il a procédé pour sélectionner parmi toutes ses notes celles qui allaient produire le texte définitif? Quelle technique vous êtes-vous imposé au moment d'écrire le texte, c'est-à-dire au moment de transformer les notes en texte? Comment avez-vous sélectionné les photos qui illustrent la version finale? (ma préférée est celle de l'homme qui pêche assis sur son scooter à la page 135).


    
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mzim7372
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Une autre question

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April 11 2001, 9:40 PM 

Vous avez fait un livre des mots avec des photos. Mais le voyage était avec un écrivain et une photographe. Est-ce que vous avez pensé à faire un livre de photos avec des mots?
-matt


    
This message has been edited by adurand on Apr 12, 2001 8:39 AM


 
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François Maspero
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(sans accent, par pitié !)

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April 13 2001, 6:49 AM 

Question (A.-. Durand, Jennifer, Kelli, Erika...) : anthropologue, journaliste, etc. ? Avant tout un habitant des lieux qu'il traverse et qui voudrait mieux comprendre, comme il voudrait mieux comprendre ceux qui comme lui les habitent. Un anthropologue a une formation spécifique, des outils conceptuels, un sociologue aussi, un journaliste a un métier spécifique, avec ses contraintes : de temps (rédaction encadrée par la nécessité de rendre la copie à l'heure), d'espace (nombre de signes précis, pas plus, pas moins) C'est bizarre que vous ne posiez pas aussi la question : historien ? Car on ne peut comprendre ces lieux sans leur histoire, ni ces gens sans leurs histoires.
Après tout, qu'était Gérard de Nerval, qui parcourait les mêmes lieux il y a cent cinquante ans : un écrivain. Personne ne peut écrire comme Nerval, mais je suis sûr que des tas de gens peuvent écrire un livre comme ça, et après, par des tas de lettres, j'ai eu la confirmation qu'il y en avait plein qui l'avaient fait ou qui avaient envie de le faire, chacun selon ses moyens. Pour moi la question est : à quoi ça sert ? A moi bien sûr (utilité et plaisir — ne serait-ce que le simple plaisir de ne pas mourir idiot). Aux autres ? J'ai été étonné et content de voir que le livre avait intéressé des anthropologues, sociologues, et surtout des urbanistes. Ils ont besoin d'un regard qui sorte de leur spécialité, d'un regard "autre" sur leur travail. J'ai été invité à plein de colloques. Je ne suis allé à aucun car ça m'aurait transformé à mon tour en spécialiste (de la non-spécialité ?), et j'aurais fini par me prendre au sérieux. Mais je suis content que le livre ait été très utilisé dans des enseignements de sociologie urbaine.

Question : méthode, technique ? Marcher, écouter, parler.Presque tous les gens aiment parler, si on prend le temps de les écouter. Ils n'ont pas beaucoup de curiosité pour savoir qui on est. Voir d'abord, chercher ensuite le sens de ce qu'on a vu. Qu'est-ce qu'il y a à approfondir dans les notes qu'on a prises ? Cela fait, ensuite, une bonne année de passionnant travail de recherche : qui a construit cela, pourquoi, comment étaient ces lieux avant, etc. Pour l'écriture, je bricole ce que je peux. Il faut que ça me satisfasse, et il faut aussi que le lecteur possible soit satisfait : que ça lui apporte quelque chose, pour lui. Donc il faut toujours faire comme si les gens que j'ai rencontrés, et aussi ceux qui sont concernés par ce que j'écris (les élus locaux, les urbanistes, les historiens locaux, etc.) allaient lire le livre. Ne pas les trahir. de ce point de vue (d'une responsabilité) le résultat, aussi, m'a fait plaisir.

Pour quoi "ils" et pas "je" ? "Ils" introduit une distance qui relativise le sérieux des protagonistes. J'ai dû être influencé par le "ils" de Cortazar dans les "Autonautes de la Cosmoroute". Peut-être aussi ne fallait-il pas trop m'impliquer dans la description de ce que je connais depuis mon enfance et qui fait intimement partie de ma propre histoire. Plus tard, dans "Balkans-transit", j'ai employé sans difficulté le "je", parce que, justement, je n'étais pas impliqué de la même manière et que mes sentiments personnels devenaient une donnée du livre.

Pour Martha : un no man's land n'est pas un non lieu, mais un lieu ou il n'y a provisoirement personne. Oui, ils sont créés par les humains, comme une sorte de négatif de ce qu'ils ont voulu faire de positif à côté. Mais ce sont des territoires, des terres, chargés d'un histoire, et ils auront encore une histoire. Ils ont été différents, et ils seront différents. L'un des grands débats des urbanistes, dans les années 90 est qu'ils ont pris une conscience aiguë de ce phénomène et qu'ils ont cherché à réparer ce que leurs prédécesseurs avaient fait. Les paysages que je décris ont, dix ans plus tard, énormément changé. En mieux ou en pire. Tout cela VIT, parce que la ville, la banlieue, etc. ça vit et se transforme constamment, comme les humains qui les font.

 
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Correction

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April 13 2001, 9:12 AM 

Un grand merci à François Maspero pour ses interventions et toutes nos excuses pour l'accent, je viens de l'enlever dans tous les messages.

 
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François Maspero
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réponse à "une autre question"

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April 13 2001, 6:59 AM 

Nous avons fait un livre de photos d'Anaïk Frantz, avec un texte de moi. Son titre est : "Paris bout du monde".

 
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